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On est à peu près tous d’accord: la société de consommation, c’est mal. Il est de bon ton de la critiquer, ça fait bien. J’ai même vu sur le blog d’un fan de Sarko, forcément libéral donc, que la crise avait au moins le mérite d’apprendre aux français à mieux consommer… Où va le monde?

Ben oui c’est complètement contradictoire étant donné que le libéralisme est à l’origine de la société de consommation, et qu’il est son moteur. De la même façon que la société de consommation est le moteur du libéralisme. Qu’est-ce que le libéralisme? En gros c’est une doctrine philantrope et optimiste héritée du siècle des lumières. Le postulat est que l’Etat doit limiter au maximum ses fonctions et intervenir au minimum dans l’économie. En d’autres termes: dé*****z vous! Dis comme ça, ça a l’air franchement génial: on fait confiance aux citoyens, aux individus pour s’autoréguler. Ouais, à la base, au XVIIIème c’était génial, c’est indéniable, mais nous ne sommes plus au XVIIIème siècle et on peut maintenant faire un bilan de cette autorégulation. D’abord, le libéralisme est un synonyme de l’individualisme: c’est le chacun pour sa gueule et Dieu pour tous! Ensuite, le chacun pour sa gueule a un paquet d’effets pervers: destruction de la planète, création ou aggravement des inégalités, exclusions, manipulation de masses… Ben oui parce que du coup l’Etat n’intervient pas pour dire « hop, hop, hop mais vous déforestez trop mon ami, et puis vous balancez trop de ******ries dans l’air et dans les rivières, c’est pas bien du tout ça! », ou pour dire « hop, hop, hop vous êtes riche, c’est bien mon ami, mais il y a des gens qui crèvent de faim à côté de vous… », ou encore « hop, hop, hop, votre campagne de pub est extrêmement efficace, elle crée des frustrations terribles, de l’anorexie, de la boulimie, de la dépression et même du suicide… Et en plus c’est toujours des aryens que vous montrez comme famille parfaite… Interdit ça, mon gars! » Hé oui, il faut un minimum de régulation par l’Etat, simplement parce que les hommes ne naissent pas égaux et que l’homme n’est pas naturellement bon. Il suffit d’étudier un peu l’historique des fabricants de tabac pour s’en rendre compte. Le nord commence enfin à s’attaquer, timidement, au problème. Qu’à cela ne tienne, l’Afrique ne demande que ça! Proprement dégueulasse. Ca pourrait facilement être classifié en tant que « crime contre l’humanité », voire même « génocide », mais non…

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Et c’est ainsi que le libéralisme engendra la société de consommation. Pour exister, il faut consommer. C’est comme ça. La surconsommation fait marcher l’économie, parce que s’il y a une demande, il y a forcément une offre, donc on produit, produire donne du boulot, les anciens chômeurs peuvent ainsi consommer, créer une nouvelle demande, donc une nouvelle offre, augmenter la production… C’est le cercle vertueux, tout va bien dans le meilleur des mondes. C’est les années 60-70. Ainsi, ceux qui refusent de consommer sont non seulement ringards, socialement inintéressants, mais en plus ce sont des traîtres, des saboteurs d’économie.

L’apprentissage se fait très vite. Je me souviens que mon séjour au collège avait été un cauchemar à cause de ça. Vous n’imaginez pas l’horreur que ça a pu être de ne pas avoir de Nike, d’Adidas, de Reebok, de Levi’s… Tout de suite, on est un pouilleux! C’est violent. On se retrouve exclu. On se retrouve seul. On se retrouve avec les pauvres et on se sent tellement mal. Frustration, humiliation, vexation… Tout ça même pas à cause d’un physique ou d’une philosophie, d’un quotien intellectuel, ça on s’en fout, tout ça à cause de marques, de mots, qu’on ne porte pas. On ne porte pas l’uniforme du parfait petit consommateur, cet uniforme qui fait rêver, parce qu’il attire l’attention et le regard de son amoureuse ou de son amoureux, et de tout le monde. Si on porte la dernière mode, la plus chère, on attire une petite foule autour de soi, on a la classe. C’est là qu’on peut déjà voir les losers et les winners. Et c’est tellement facile d’en faire partie, aussi facile que de fumer une clope. Il suffit de faire un peu chier ses parents.

« - Maman, papa, j’ai à vous parler. Jusqu’ici je n’y avais pas prêté attention mais il semblerait que mon look constitue un sérieux handicap pour mon avenir. En effet, je sais que vous nourrissez de grandes ambitions pour moi, et je les partage. Cependant, afin de satisfaire ces ambitions il convient que je réussisse mes études, et dans l’état actuel des choses, je subis un sérieux handicap car je suis la risée de mes camarades. Cette pression sociale est vraiment très forte et je dois subir des humiliations et des exclusions à longueur de journée. Sans doute, avec plus de caractère et de répartie, je pourrais passer outre voire même inverser la tendance. Mais je n’ai que 12 ans, mes hormones me titillent déjà, je suis en pleine construction de mon identité et je manque singulièrement de caractère et de répartie. C’est pourquoi je vous adresse cette requête: achetez-moi une veste Nike, un jean Levi’s et les Adidas Street ball afin de pouvoir rentrer dans le clan des winners et poursuivre sereinement mes études. En cas de refus je serai obligé de trouver un autre moyen pour rentrer dans ce clan, et pour l’instant je ne vois que le tabac, l’alcool et la drogue. Veuillez agréer, chère maman, chère papa, l’expression de mes sentiments les meilleurs. »

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On ne s’en rend pas bien compte, mais le monde dans lequel on vit est réellement très très malsain. Dans ce climat de libre concurence et de compétition permanente, il faut avoir recours à la publicité. Il y a ce que j’appellerais la publicité directe (affiches, spots télé ou radio…) et la publicité indirecte qui passe par les médias: livres, films, magazines… Exemple de publicité indirecte: quand on voit Brad Pitt, ce ****** de modèle, fumer dans un film où il est trop beau, où il a trop la classe, ben on a envie, plus ou moins consciemment, de l’imiter pour, peut-être, devenir comme lui, voire même être lui! Au pire, c’est forcément pas ça qui peut empêcher de réussir…

Et après cette douloureuse étape formatrice qu’est le collège, que reste-t-il? On pourrait croire que ça passe, que ça s’atténue, mais il n’en est rien. Certains continuent à exclure et à mépriser les gens qui ne portent pas l’uniforme du consommateur. D’autres s’excluent eux-même. La France est, parait-il, le premier consommateur mondial d’antidépresseur. Etonnant pour un pays développé? Pas vraiment non. Primo parce qu’on a les moyens de se les payer, contrairement aux pays sous-développés qui ont d’autres préoccupations mais aussi parce que la société de consommation est avant une société de frustration. Sans frustration, pas de consommation. Il faut baver devant le produit pour qu’on l’achète, et pour faire baver il faut rendre ce produit indispensable, surtout s’il ne l’est absolument pas. C’est le boulot des publicitaires et certains sont géniaux. On allume la télé, on ouvre un magazine et là on rêve; on l’éteint, on le ferme, et là dur retour à la réalité. Plus le contraste est important, plus la frustration est importante et plus on sera tenté de consommer pour atténuer l’effet, temporairement, bien sûr. Parce qu’il n’existe pas de produit, de bien miracle, qui guérisse définitivement cette frustration. Ha bah non, sinon ce serait trop simple. On a ainsi inventé la mode, qui passe très vite. On a aussi le concept d’évolution technologique, qui fait qu’on doit changer de portable tous les deux ans et d’ordinateur tous les 3 ans. Sans parler, évidemment, des produits périssables et de la création de nouveaux besoins.

Le piratage et le deal de drogue (entre autres) sont d’ailleurs des phénomènes intimement liés à la société de consommation. Les films et la musique sortent à des cadences infernales, c’est l’usine. Généralement, ce sont des *****s pas possibles, extrêmement faciles à faire (pour la musique). A grands coups de pub, de promotion mensongères et de bourrage de crâne, on crée, malgré donc une qualité absolument immonde, un besoin. On « écrit » une chanson. Appellons ça, par exemple, « holalala », avec des paroles d’une beauté et d’une profondeur inégalables. On rajoute de la musique électronique rythmée, paramétrée par un ordinateur qui s’y connait. Et hop! On a créé une chanson indispensable… pendant 2 mois. Idem pour les films. Regardez un peu les programmes: des 3, des 4, des 5, des 6, des adaptations toutes pourries de trucs inadaptables. Là, en ce moment, se tournent Dragonball et Goldorak!!!!!!! Il y a aussi « Zombie, zombie, zombie » au concept aussi génial que son titre: des strip teaseuses (le cul marche et marchera toujours) confrontées à une attaque de zombies (très à la mode). Heureusement, ça ne sortira qu’en DVD et pas forcément en France, ouf!!!! On crée donc des frustrations pour toutes ces conneries, un besoin, on est en crise, le cinéma et la musique coûtent cher, ce n’est pas un besoin vital mais un luxe devenu essentiel et on se plaint que les gens piratent???????? On dénonce les pirates comme étant des voleurs, des personnes abjectes, des criminels qui pourrissent l’industrie de la vidéo et de la musique???? Ce « on » a une Rolex, je précise. Non mais c’est quoi ce foutage de gueule???? Ces gens font de la pub, créent, donc (je sais, je me répète), une frustration, une douleur, un manque et ils se plaignent qu’on télécharge leur *****????????? Mais qu’ils s’estiment heureux qu’on les télécharge encore!!!! Moi il faudrait me payer pour que j’écoute Holalala. Je suis sûr, aux Etats-unis, un bon avocat réussirait à me faire obtenir des dommages et intérêts pour ça!!!!!!! Evidemment il y a des victimes, mais les coupables ne sont pas les pirates!!!!! Les vrais coupables sont ceux qui se sont engrossis en produisant de la ***** à cadence soutenue et à la faire bouffer à tout le monde!!!! Si la publicité n’était qu’une simple annonce, neutre, sans bourrage médiatique, d’accord, on ne pourrait pas se plaindre, mais ce n’est pas le cas!

Quant au deal, c’est à peu près la même chose. On crée des besoins de façon tellement insoutenable que certains, les plus pauvres, les plus faibles, les plus exclus finissent par opter pour le Mal. Ils ont besoin d’argent pour soulager leur exclusion et leur frustration, ils le prennent comme ils peuvent. Certains médias font l’apologie des bad boys, certains se prennent pour Scarface. Eux sont coupables, ça va sans dire, mais ils sont aussi victimes. Combien ai-je pu en voir qui se faisaient plaisir à s’acheter de belles bagnoles, de belles fringues, de belles montres, de belles lunettes… C’est même comme ça qu’ils se font arrêter. La politique du gouvernement est un cercle vicieux. Encore plus de libéralisme, de privatisations, pour être concrêt, crée de nouvelles inégalités, des difficultés financières. Exclure les chômeurs pour un oui ou pour un non, ça met ces gens dans la dernière des *****s. Certains se suicideront, certains crêveront, d’autres se rebelleront, parce qu’ils n’auront plus d’autre choix. Et on accompagne ça avec de la répression… Très très mauvais choix qui n’amèneront que des problèmes, de gros problèmes!

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Une fois posé le problème, qu’avons-nous comme solution? Hé bien c’est on ne peut plus délicat! Sortir, individuellement, de ce système, c’est se foutre dans la pire des *****s parce qu’on rentrerait dans la catégorie « loser ». On s’en prendrait plein la tête et on souffrirait horriblement et… inutilement. En sortir tous ensemble? Déjà je vois mal comme ce serait possible, concrêtement, et en plus ça plomberait totalement l’économie du pays et pas que celle du pays, mondialisation oblige. Ca créerait un déséquilibre terrible, économique et politique et on serait à la merci de nombreux ennemis. Sans compter que les grands patrons ne se laisseraient pas faire, puisque ça signifierait la ruine pour eux, et Dieu sait ce que des mecs pétés de thunes sont capables de faire pour sauver leur compte en banque… La révolution? Le communisme? Envisageable et envisagé par certains, sauf que le communisme ça n’a jamais marché des masses: la Chine est en train de passer à la société de consommation, là, tout doucement; sans parler des goulags, des massacres, privations de liberté etc etc

Alors quoi? J’aimerais avoir une solution miracle mais pour le moment je n’en ai pas. La seule solution que je peux trouver c’est de faire disparaitre progressivement le libéralisme et encadrer la publicité de façon aussi sévère que possible, voire même l’interdire. Par contre je suis totalement open au débat sur la question et surtout pour les suggestions, réactions… Quant au piratage, évidemment, il faut arrêter de se foutre de la gueule du monde!

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Reader's Comments

  1. elmounir | septembre 1st, 2008 at 13:25
    Salut,
    un passage sur ton blog pour te souhaiter un agréable Septembre, je
    vote pour toi et je t'invite à visiter mon blog. Bonne semaine. A
    bientôt.
    - Mounir -

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  2. myroslavalyne | septembre 1st, 2008 at 14:28

    Bonjour

    Merci de ta visite, de retour après 4 jours absences

    Un passage sur ton blog

    Oui ! les vacances sont fini

    Aux prochaines ,

    Un petit clic sur ton ton blog

    A la reprise bonne journée bisous

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  3. The_Joker | septembre 2nd, 2008 at 02:05

    (Je ne sais jamais quoi écrire dans « sujet » !)

     

    « Les films et la musique sortent à des cadences infernales, c'est l'usine. »

    Hop ! hop ! hop ! Et les livres, alors ?

    Surtout en cette période de rentrée littéraire… (Enfin, ils sont généralement moins chers que les cd !)

     

    Ben, sinon, je faisais partie des pouilleux dont tu parles, à l’école. Mais ça n’exclut pas totalement, hein. On peut rester entre pouilleux, lol !

     

    Et merci pour le billet.

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  4. marcanciel | septembre 2nd, 2008 at 02:43

    Effectivement, j'ai du, inconsciemment, oublier les livres. Ca doit être une « déformation passionnelle », ça… Faudra quand même que je fasse gaffe à l'occasion, je risque de perdre en crédibilité  (déjà que je ne dois pas en avoir des masses…).
    Sinon je constate même que les pouilleux finissent par se retrouver entre eux bien après le collège!!! Comme quoi on ne se refait pas…

    Merci à toi pour ta fidélité.

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