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Le dernier en date de la collection de mon auteur fétiche… Quel bonheur… Puisse-t-il encore nous en pondre une bonne dizaine minimum des comme ça… Il ne me reste plus à lire qu'Une Ordure pour en avoir, provisoirement, terminé avec sa collection.
Alors donc, que cache cet étrange titre plutôt culinaire? Tout simplement une réadaptation du Portrait de Dorian Gray, du célèbre Oscar Wilde. Oeuvre majeure figurant parmi les très rares livres qui m'ont fait ressentir le besoin de les relire (avec Les Fleurs du Mal et La Guerre de Troie n'aura pas lieu). Tout ça ne pouvait donc augurer que du meilleur…
Evidemment l'histoire, les personnages, le contexte sont très différents de la VO, Welsh n'ayant conservé que le principe du « reflet absorbant » si je puis résumer ça de la sorte. Cette étrange malédiction a donc été transposée à notre époque et dans le lieu visiblement cher à l'auteur, Leith, banlieue ordurière d'Edimbourg (tout comme l'Ecosse est la banlieue ordurière de l'Angleterre, comme le dénonce Welsh mais aussi tout un tas d'amoureux du pays tels que Sean Connery), sorte de cour des miracles où règne la loi de la jungle et où il faut errer très longtemps avant de trouver une Cosette ou un Jean Valjean (oui, je sais: c'est pas Notre Dame de Paris, ça, c'est Les Misérables, mais ça se rejoint dans la thématique de Hugo). A la place du fameux portrait, on trouve… un pauvre type, un loser, l'éternel puceau, le petit ange bien sous tout rapport, tellement terne, lourd… l'anti-héros welshien dans toute sa splendeur; tout le contraire d'un Mark Renton ou d'un Sick Boy, les « héros » de
Trainspotting et de Porno.
Mais ce n'est pas lui le héros, même si la transformation de cet être pitoyable dans lequel beaucoup d'entre nous pourront malgré tout se reconnaître constitue un des grands intérêts du livre. Non, le héros n'est pas Kibby, le héros s'appelle Danny Skinner, et c'est une pourriture comme je les aime. Lui aussi va subir une transformation inattendue, à cause de cette malédiction. Welsh démontre encore une fois tout son génie pour décrire les différentes natures humaines, les « caractères » comme eût dit le sieur La Bruyère, sans jamais sombrer dans le manichéisme. Bien sûr ça commence avec un gentil et un méchant, mais ce qui est intéressant dans tout ça, c'est l'évolution de ces personnages interagissant plus ou moins volontairement et consciemment l'un sur l'autre.
Pourquoi donc appeler ce bouquin Recettes intimes de grands chefs, m'objecterez-vous? C'est quoi le ****** de rapport bordel???? Pour reprendre le vocabulaire de l'auteur… Hé bien tout simplement que nos deux personnages bossent pour la mairie d'Edimbourg en tant qu'inspecteur d'hygiène des restaurants. Ca vous cloue le bec, hein? Quoi « c'est tout? » Ca vous suffit pas? Alors sachez que le fil conducteur de ce livre est la recherche désespérée et compulsive de Skinner après son père, parce que maman Skinner a toujours refusé de lui dire qui était ce petit salopiaud qui l'a mise en cloque dans sa tendre jeunesse punk… Son seul indice est que cet enfoiré était cuistot et qu'il avait sans doute fréquenté une espèce de bouiboui qui s'appelle encore l'Archange… Et justement l'un des suspects est devenu un chef très célèbre qui a sorti un bouquin s'intitulant Recettes intimes de grands chefs… Hahaaaa, la boucle est donc bouclée… Luke, je suis ton père! Beaucoup de reprises quand même dans ce bouquin, plus j'y réfléchis…
Y-a-t-il des défauts à ce livre? Hé bien oui! Déjà, l'édition qui a laissé beaucoup trop de coquilles à mon goût. Je suis un peu soupe au lait quand on me gâche mon plaisir avec des mots qui manquent… Et puis la fin aussi, un peu bancale, rapide et pas facile à comprendre. Une première pour Welsh! Mais ça reste mineur et subjectif. Reste aussi que j'ai eu un peu plus de mal à rentrer dedans, mais ça c'est un peu une habitude, pas trop mauvaise au demeurant, qui est d'installer une progression dans le récit, de la normalité jusqu'à l'apothéose littéraro-pyrotechnico-trash. En gros, on passe des préliminaires tout mignons à l'orgasme anal, tout en douceur…

Je vais résumer mon propos en appelant ça une tuerie, encore une fois; je pense que ça résume plutôt bien. Moins bien que Porno, moins bien que Trainspotting, avec une scène bien trash pas forcément justifiée qui fait un peu racolage mais c'est un peu pour ça que je l'aime, hum?

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