Ceux qui me connaissent ou qui lisent un minimum ce blog le savent: je regarde très peu la télé. Très, très peu. Avant, je la regardais… jusqu’à Loft Story première édition. A partir de là je n’y ai plus vu que de la merde. Il m’arrive aussi de regarder des émissions comme Mots croisés ou C dans l’air, il m’arrive aussi de regarder un match de foot de temps en temps, voire même un film. C’est tout. Parce que la télé a été totalement épurée. On évite le direct au maximum, par peur des dérapages. Tout est contrôlé, millimétré, calculé… tout n’est qu’une question d’audimat, de chiffres, de pognon… C’est un magnifique reflet de notre société pourrie. Et j’ai franchement pas envie de voir ça. J’ai envie de voir du vrai, mais pas de la télé fausse réalité, pas de la prostitution. J’ai envie de voir de l’intelligent, mais pas du convenu, du conventionnel, de la « pensée unique » dont on nous massacre les oreilles depuis quelques années. « La guerre c’est pas beau », « le sida, c’est du caca »… Tout ça m’écoeure au plus haut point.
En revanche, j’aime bien regarder cette émission, On n’est pas couché, tous les samedis soirs. Déjà à cause du créneau horaire: le dimanche matin, je peux me permettre de dormir. Et puis je m’étais habitué à Ardisson. J’aimais déjà bien son émission et j’ai été franchement déçu qu’elle s’arrête. Ca volait pas non plus très haut mais c’était pleinement assumé. C’était du divertissement et souvent on pouvait assister à des dérapages plus ou moins contrôlés.
Je me suis retrouvé d’autant plus déçu de savoir que c’était Ruquier qui prenait la relève. Je n’ai rien contre Ruquier mais sa folle équipe dans sa précédente émission avait le don de me faire zapper chaque fois que je tombais dessus, justement parce que c’était le summum de la non-intelligence et de la « pensée unique ». Le problème ne venait pas de Ruquier auquel je prête d’excellentes intentions, une excellente philosophie et souvent même quelques bons mots qui ne peuvent laisser indifférent le passionné que je suis. Ce n’étaient pas non plus tous les chroniqueurs que je condamnais. Mais certains… Enfin bon! Je ne citerai pas de noms. L’émission s’est arrêtée et c’est pas dommage. Alors on passe!
Je me suis donc retrouvé à bouder le samedi soir, passant à de plus saines occupations comme écrire ou lire, ou jouer à la console, parce que je suis humain quand même, merde! Et puis, petit à petit, je m’y suis intéressé, d’abord du bout des yeux, pour finir par n’en plus rater une seule. Souvent j’en regarde le début, et puis je me farçis le reste pendant la semaine, sur le site de France 2 qui le propose en streaming (géniale initiative d’ailleurs!).

Pourquoi donc ce changement de cap? Parce que ça change! Autant le dire tout de suite, le seul et unique intérêt de cette émission réside dans le choix des deux assassins grassement payés pour démonter… ce que je démonte moi-même ici, sur ce blog. Evidemment, pas toujours, les avis divergent souvent, notamment avec Zemmour, mais c’est ça, aussi, qui est bon. On peut le diaboliser autant qu’on veut ce type, il a au moins le mérite de faire réfléchir, de pousser à se remettre en question, d’approfondir des sujets profondément intéressants. Aussi critiqué soit-il, ce type est sans doute ce qui est arrivé de mieux à la télévision depuis des années; de longues années. Et chacun sait, ici, que je ne fais pas dans le cirage de pompe hypocrite. Mais j’y reviendrai.

Analysons donc l’émission en long, en large et dans ses travers.

- L’introduction, ceux qui n’ont pas pu venir:

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J’ai parfois l’impression que ce moment, où Ruquier nous montre toute sa nostalgie de ses one man show, ne cesse de s’allonger, et c’est bien dommage. Parfois c’est drôle mais force est de constater qu’il n’a pas le talent d’Anne Roumanoff. D’ailleurs c’est quand même bizarre qu’elle soit subitement devenue drole, elle. Avant, quand je la voyais, je zappais. Maintenant, quand je la vois, je pose sagement la télécommande et je m’installe confortablement. Ce moment de l’émission pourrait être parfait si elle prenait la place de Ruquier pour faire son show à elle. Parce que sinon les parodies et autres conneries ne volent que rarement très haut. C’est très dommage pour un passage qui dure quand même environ un tiers de l’émission.
Par contre, spéciale dédicace au décor. Je ne sais pas trop en quoi est fait l’espèce de tapis sur lequel les invités doivent marcher mais en général ils perdent toute classe, toute grâce, ils redeviennent de pauvres mortels, de malheureux êtres humains dès qu’ils posent le pied dessus. Un jour, ils inviteront Jean D’Ormesson, et il va se péter le col du fémur. Du coup on suit l’entrée des invités un peu comme on regarde le tour de France: en attendant que l’un d’eux se pète la gueule. C’est vicelard et donc j’adore.

- Le plat de résistance, défilé des invités:

C’est le meilleur moment de l’émission et heureusement c’est le plus long.
C’est un moment que l’on peut décortiquer aussi. Parce qu’il y a invités et invités.
Il y a les invités qui se pointent, qui se calent dans le « fauteuil de l’interview », qui restent un quart d’heure et qui se cassent aussi sec. Ce sont souvent les hommes et femmes politiques. Ce sont aussi ceux qui ne sont pas habitués à la télé, trop timides. Ce sont ceux qui ont un emploi du temps chargé, aussi, sans doute.
Il y a les invités qui, au contraire, arrivent en premier et restent toute l’émission. Et même celui qui se morfle toute l’émission, sans trop bouger, sans bouffer, qui a besoin d’une autorisation pour pisser ou pour se fumer une clope, et qui passe seulement à la toute fin, quand tout le monde est couché, quand même, et que le pauvre type en question est complètement KO. Une véritable torture cette émission…
Il y a aussi ceux qui, pour une raison X ou Y, échappent aux critiques. Ils viennent, présentent sagement leur truc et se cassent sans s’en être pris une seule dans la gueule, même pas positive. Je suppose qu’il doit y avoir accord, concertation et ptête même négociation pécunière, qui sait? ou favoritisme.
Et puis il y a les autres, qui passent sur le grill, qui sont, parfois, rarement, congratulés, et, souvent explosés par les implacables, incorruptibles chroniqueurs.

Les chroniqueurs:

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Eric Zemmour…
Déjà, on peut lui reconnaitre un mérite: il a atomisé Fogiel en jouant dans sa cour. Plus charismatique, plus intelligent, plus cultivé, plus intéressant, moins agaçant, il a réussi à le dégager et à l’envoyer aux oubliettes, même s’il lui doit sans aucun doute sa place actuelle. Fogiel lui a dégagé le terrain, a trimé pour ouvrir le créneau de la provoc dans un talk show mais c’est Zemmour, plus talentueux dans l’art de la polémique, pour résumer, qui remporte la palme. C’est une bonne chose.
A vrai dire, je suis ce petit féneck depuis quelques années. Je l’ai vu se faire inviter à de nombreuses reprises dans C dans l’air, sur la 5. Je ne l’imaginais pas se retrouver aussi bien installé, sur France 2, quelques années plus tard. Bien joué. Il faut croire que le style a plu.
Un moment, après ce qu’on pourrait appeler l’affaire Cali, je m’étais dit que ce pauvre type (Zemmour) avait totalement raté le coche. Il faut dire que, quoi qu’on pense de Cali (perso j’en suis pas franchement fan même si j’apprécie le boulot et la sincérité, la vérité du mec), ce soir là, ils se sont gravement chié dessus, tous les deux. Parce que cette émission est un talk show et que dans talk show il y a… show. Et c’est ce qu’a fait Cali, du show. Quand on veut juste du talk, on n’accepte pas de devenir chroniqueur dans On n’est pas couché, on envoie un CV à Mots croisés… Oui c’est énervant. Oui c’est du boulot. C’est même peut-être dommage mais c’est la règle du jeu. J’ai vu Naulleau dans une émission expliquer pourquoi il était aussi cinglant et je pensais qu’il avait compris. Apparemment pas… Et donc je m’étais dit « Dommage les gars, vous avez raté votre vocation. Vous n’êtes pas à votre place! »
Mais j’ai changé d’avis. J’ai changé d’avis parce que je suis sûr qu’On n’est pas couché fait plus d’audience que Mots croisés. Dans tous les cas, ils ne touchent pas le même public et le public d’On n’est pas couché a sans doute plus besoin des discours que ces deux là tiennent que le public de Mots croisés. Du divertissement et de la culture, du débat. La version moderne de La Fontaine, en somme. Et donc j’adhère à 200%.
Quant au contenu, c’est une autre histoire. Il est, certes, de droite, mais en même temps, je pense que c’est par résignation. Dans ses propos, je sens comme une obsession et une profonde déception vis à vis de la gauche. Il a affirmé il y a peu avoir été marxiste avant la remplaçante d’Arlette Laguiller et dit souvent qu’il est normal d’être de gauche à 20 ans, moins normal de ne pas être de droite à 40 ans… D’ailleurs il n’a pas totalement tort sur ce point. L’électorat de la gauche ce sont les étudiants et les chômeurs. Même plus les ouvriers. Autrement dit, ce sont ceux qui n’ont rien à partager qui demandent qu’on partage… A force de rentrer dans le jeu de la droite à toujours parler de pognon et de pouvoir d’achat, forcément, ils ne sont plus crédibles. C’est pas ça, la gauche. La gauche, c’est les 35 heures: travailler moins pour vivre mieux. Enfin bref, tout ça pour dire que je pense qu’il est de droite uniquement par défaut. Ce qui ne l’empêche pas de sortir des énormités qui me font bondir sur mon siège! Mais au moins, ça a le mérite de toucher un point sensible et de me faire réfléchir, d’ajuster mon point de vue et mes arguments. Il est toujours plus intéressant d’écouter quelqu’un qui a un avis différent plutôt que de toujours rester dans le « C’est clair! ».
Alors oui il est critiquable mais en même temps il fait du bien au PAF grâce à sa liberté de parole. Il casse totalement les idées toutes faites, ne sombre pas dans les facilités et apporte une certaine fraicheur culturelle et intellectuelle à un média qui en a gravement besoin.
Pour reprendre Voltaire: « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. »

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Eric Naulleau…
Je vais faire plus court. Malheureusement pour lui, il n’est que le faire-valoir de Zemmour. C’est Obélix. Ben ouais pas de bol. Son temps de parole est sensiblement moindre et il attire beaucoup moins l’attention. Il a moins d’énergie, gesticule moins… C’est dommage. C’est pas une question cérébrale, c’est une pure question nerveuse.
Lui affirme être de gauche, et pourtant qu’est-ce qu’il en met dans la gueule à la gauche… Je me demande donc quelle gauche? Enfin soit! Ses remarques sont tantôt pertinentes, tantôt très subjectives. Ca ne me dérange pas plus que ça: il a le droit d’avoir un avis personnel et d’en faire part. Mais c’est, à mon sens, subjectivement parlant, moins intéressant. Il faut dire qu’il se lance moins dans de grandes tirades… Enfin il reste dans l’ombre de Zemmour (ce qui est paradoxal…).

Et puis, pour finir, il y a le dessert, qui arrive en plein plat de résistance:

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Jonathan Lambert.
Encore un que je suis depuis quelques temps, d’abord sur Comédie et puis dans feu l’Hyper Show (ou quelque chose comme ça) sur Canal +. Emission qui n’a pas fait long feu. J’aimais bien pourtant. Mais sans doute trop déjantée pour le créneau. Enfin j’ai pas bien compris.
Lambert, donc, j’en attendais beaucoup. Il fait de l’humour facile, dans le style énergique et plein d’accessoires. Ca me faisait bien marrer et ça continue de me faire marrer, mais de moins en moins. Je trouve qu’il commence à s’essouffler depuis un moment. Moins d’énergie, moins d’envie, peut-être. Ou moins d’inspiration. Ce n’est peut-être qu’une période. Toujours est-il qu’il s’est grandement assagi depuis Comédie et son passage fulgurant sur Canal. Je préférais avant. C’est le contraire de Roumanoff. D’un autre côté, avant, c’était quand même extrême. Ca plaisait pas à tout le monde. Donc forcément pour progresser, faut se calmer un peu.
Je préférais Foresti quand même. Mais là aussi c’est subjectif. Elle faisait grosso modo la même chose mais peut-être avec un peu plus de talent. Son humour est plus fin, plus recherché, moins bourrin.

Au final, On n’est pas couché reste une très bonne émission et une des seules regardables du PAF. Malheureusement, à force de liberté de ton et de parole, j’ai l’impression que la liste des invités qui n’ont pas pu venir s’allonge au détriment de ceux qui viennent. Il faut dire qu’en général on vient pour faire sa promo, et quand on se fait littéralement déglinguer devant du peuple… J’imagine que ça doit rester en travers de la gorge. Il ne restera donc bientôt plus que les courageux et les humbles, c’est-à-dire pas grand monde. Ou alors consigne sera donnée aux critiqueurs de fermer leurs gueules ou de se calmer, ou de se casser. J’ai ainsi du mal à envisager un avenir radieux pour mes samedis soirs… J’anticipe déjà une nouvelle déception. J’anticipe de me retrouver avec un vieux talk show tout convenu, tout terne… parce que la société de consommation et ses parasites ne supporteront pas indéfiniment la liberté de ton.

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