http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/1/7/6/9782846260671.jpg
Je connaissais pas du tout Bordage mais en me promenant comme je le fais de temps à autres sur le site du Diable Vauvert j’avais été attiré par la couverture, par le titre et par la présentation, et comme le Diable ne m’a jusqu’à présent jamais déçu, j’ai décidé de me le commander et de le lire. Hé bien je viens tout juste d’en commander deux de plus chez cet éditeur! A suivre donc d’ici quelques temps Betty Monde de Coralie Trin Thi (si elle est aussi bonne écrivain que bonne actrice porno et bonne tout court, ça doit donner!) et la suite de L’Evangile du serpent: L’Ange de l’abîme. Affaire à suivre donc.

Par où commencer? Peut-être déjà en notant qu’il s’agit de science fiction, une science fiction sans vaisseaux spatiaux et sans haute technologie. Bordage a décidé de s’imaginer qu’un Christ nouveau faisait son apparition à la naissance du troisième millénaire et il brode là-dessus.
On se retrouve ainsi avec un Christ de l’Aubrac qui répand sa bonne parole, pas vraiment catholique, en France. Au niveau philosophie c’est du hippie sans drogue mais avec le fameux serpent cosmique. C’est quoi donc que le fameux serpent cosmique dont nous parle Dantec dans Babylon babies et qu’on retrouve également dans le (mauvais) film Blueberry de Jan Kounen?  Pour de plus amples informations, je vous invite à fouiller un peu sur le net, mais pour résumer disons que c’est une croyance chamanique issue de tribus d’Amérique du sud qui se défoncent grâce à une drogue mégapuissante provenant d’une liane et qui, dans leurs délires, voient toujours un serpent double, censé être le créateur de l’univers et celui qui le tient en place. Certains occidentaux ont tenté l’expérience et trouvé que bizarrement ce serpent cosmique ressemblait foutrement à l’ADN et que c’était quand même étrange qu’on retrouve toujours le serpent dans toutes les cultures du monde, toutes les religions et toujours avec une image positive… sauf chez nous où cet enfoiré a donné la pomme à Eve qui l’a donné à Adam. Mais même là, le serpent est lié à la connaissance et à la genèse. Alors forcément ça enflamme les imaginations et en particulier celle de Bordage qui nous en a fait un bouquin du tonnerre de Zeus.

Voilà donc pour le postulat de départ: un Jésus hippie sans drogue mais à fond avec la nature liée au serpent double qui professe le néonomadisme, l’abandon du verbe avoir pour le verbe être et surtout de vivre dans l’instant présent, en laissant tomber le passé et en évitant de se projeter dans l’avenir, nécessairement anxyogène.
Et bien sûr, ça ne plait pas à tout le monde, cette philosophie parce que beaucoup de gens sont bien contents d’avoir beaucoup et n’ont pas envie de perdre. Il y a les religions qui voient débarquer un nouvel adversaire… Bref, pas facile de se convertir au néonomadisme!

Pourquoi ce livre est bon?
Je dirais qu’il est un mélange de Werber, de Brown, de Dantec mais avec plus de talent qu’eux tous réunis (sauf peut-être pour le Dantec des débuts), ce qui n’est pas bien compliqué. La différence majeure entre Bordage et les deux premiers c’est que Bordage sait écrire: il a du style. Autant Brown et Werber font de la littérature pour enfants avec le style d’une page de Wikipédia autant Bordage écrit pour des adultes qui sont relativement exigeants en la matière. Soyons honnête: c’est pas non plus du Aragon mais c’est quand même pas mal. L’autre différence provient des personnages: contrairement à Werber et à Brown, on trouve des personnages dans L’Evangile du serpent! Hé oui, des vrais, avec une personnalité, une part d’ombre, des qualités, des défauts, des doutes… Ca sent la vie, quoi et pas la vulgaire baudruche. Si je les compare c’est parce qu’ils traitent des mêmes thèmes et aussi parce que Bordage utilise le même procédé que Brown: le cliffhanger (c’est à dire terminer un chapitre sur un élément de suspense pour se focaliser sur un autre personnage) et le bonheur c’est que lui ne fait pas reposer son bouquin uniquement là-dessus.
Alors franchement, ça fait du bien de lire ça…

Ca fait d’autant plus du bien que ce livre nous renvoie une image intéressante de nous-même, de notre société et de la place que nous, individus, occupons sur cette planète. Bordage évite les clichés et les caricatures, preuve d’intelligence et de subtilité et on sent un profond humanisme transpirer dans tout le livre. Il ne condamne pas, il ne juge pas, ne jette aucune pierre… sans jamais tomber dans la mièvrerie, le bisounours. Bien joué.

Ce livre se présente à peu près comme le nouveau Testament: on trouve d’abord les évangiles, une focalisation sur les quatre apôtres qui présentent, en focalisation 0 (avec un narrateur omniscient quoi), leur petite histoire liée au Christ de l’Aubrac, appelé également Vaï’ Kaï, en alternance. Ces apôtres sont un tantinet différents de ceux de la Bible puisqu’on trouve d’abord Mathias, tueur à gage de son état, Lucie, cyber stripteaseuse de son état, Marc, journaliste pour un magazine corompu et à grand succès et Yann, étudiant paumé, engagé quand même, et flanant sur les rave party à l’occasion. Que du bon pécheur quoi! Et ça se termine avec les actes (hé non pas de psaumes ni d’apocalypse mais peut-être dans la suite, qui sait?) qui sont plutôt courts.

Un excellent bouquin que je recommande donc chaudement.

Tags: , , , , , , , ,



Leave a Comment