Chapitre 3 de la Guerre sainte
La Guerre sainte août 4th, 2009
Le nouveau monde.
Ouais. C’est sûr, ça a certains avantages, mais quand même… Tout ce folklore est-il vraiment nécessaire en fait ? Je suis d’accord avec l’idéologie, tout ça, pas de souci. Mais y a pas à chier je trouve quand même que ça ressemble à une secte ! Et on m’a toujours dit que c’était pas bien les sectes. Même si dans le fond j’ai jamais bien compris pourquoi…
Il cause quand même bien, notre chef. Dommage que plus personne ne l’écoute. Je suis sûr qu’il suffirait qu’on change de costume pour que ça aille mieux. Je veux bien qu’à l’origine, montés sur des chevaux, ça devait faire flipper sévère, mais là… On ressemble limite à des clowns, voilà. J’en ai discuté avec Cassandra, la dernière fois, l’air de rien, et elle m’a sorti qu’on devait être sacrément lâches pour se planquer comme ça sous des costumes de fantômes. Je crois qu’elle a pas tort.
Et puis qu’est-ce qui nous dit qu’il y a pas un bougnoule ou un PD planqué sous nos frusques, hein ? Il paraît que pas mal de journalistes font ça, en Afghanistan, se planquer sous leurs espèces de sacs poubelles, là, comment ça s’appelle déjà ? Ouais les bourkhas. Ils se planquent sous leurs bourkhas pour pouvoir enquêter discretos sur les talebs. Et voilà que nous on se fringue comme ces pétasses de bougnoules… Je trouve ça quand même très ironique. Maladroit même. Ouais : maladroit.
J’aurais peut-être du choisir les Aryans Nation. Ça au moins c’est du sport, c’est viril. En plus, le principe est le même. Que du bon. De la logique pure. J’arriverai décidément jamais à comprendre comment nos contemporains peuvent être aussi hypocrites ! Evidemment, il y a eu les deux guerres mondiales, et surtout sa médiatisation. Si ces boucheries n’avaient pas été médiatisées, on n’en serait pas là. Le chef nous l’a bien expliqué, ça. Avant, les choses étaient simples, claires, nettes, franches. Nos grands-parents ont connu une période, que leurs parents et les parents de leurs parents avaient connu : le culte de la race, et celui de la mort. La mort était quelque chose de banal. Et puis aujourd’hui : le culte de la vie, ridicule, hypocrite. Il faudrait ne jamais mourir. C’est tellement moche de mourir. Le monde ne croit plus en rien. Avant, on se consolait de tout. On avait Dieu. On avait la nation. On avait la race. Aujourd’hui : plus rien. Alors évidemment, mourir n’a plus aucun sens ; même la vie n’a plus aucun sens. Le rapport de force, le conflit. Tout ne se résume qu’à ça. Si on l’oublie, il ne reste plus rien. Effectivement, sans Dieu, sans combat, à quoi elle pourrait bien servir la vie ? A quoi ça peut servir de vivre quand on a déjà tout gagné ?
Amérique de merde ! Occident de merde ! Nous voilà réduits à croire que le but de l’existence c’est de pouvoir se payer une Rolex à 50 ans. Une montre est une montre. Quelle qu’elle soit, ça sert toujours à la même chose, non ? A indiquer l’heure ! C’est comme les télés, les bagnoles, les maisons… Mais non ! En l’absence de combat à gagner, il ne nous reste plus qu’à nous bouffer la gueule entre nous. Reste à décider qui a la plus grosse. Et une fois qu’on a réussi ? Une fois qu’on a tout mieux que les autres ? Qu’est-ce qu’on fait ? Comment on se console ?
Le culte de la vie, mon cul ! On peut se voiler la face autant qu’on veut, le fait est qu’on finira tous par crever un jour. Le tout est de choisir comment ! Comment veut-on mourir ? Comme une vieille merde pétée de thune qui finit dans un hospice à se chier dessus et à boire un infect bouillon servi par une aide soignante qui passe la moitié de son temps à se foutre de notre gueule ? A quoi ça sert de vivre vieux ? A quoi ça sert de garder ces légumes qui ne sont même plus conscients de vivre et qui coûtent un pognon monstrueux à ceux qui bossent ? A quoi ça sert de conserver ces ordures, ces criminels avérés qui vivent sur le compte des contribuables qu’ils ont eux même massacré ? On arrête pas de dire qu’on est déjà trop sur cette foutue planète et on trouve des gugusses qui doutent tellement qu’ils préfèrent ruiner leurs gosses pour se carrer dans des congélos le temps qu’on trouve comment leur rajouter quelques années de vie en plus. Le comble de la connerie et de la lâcheté. Vous pouvez fuir messieurs dames, vous n’échapperez jamais au jugement du Tout puissant !
Le fait est qu’on est trop sur cette planète et qu’il faut faire le ménage, à fond. Toute la question est de savoir qui on sacrifie ? Ceux qui nous qualifient d’extrémistes ne sont que de vils hypocrites, des lâches qui préfèrent laisser le soin à la nature de faire elle-même le ménage, aveuglément. Ils pleurent quand le pays est secoué par les tremblements de terre et les tornades, quand, dans un pays dont on se fout royalement, un ras de marée vient tout ravager ; mais c’est leur conception, leur absence d’idéologie et de couilles qui en est à l’origine !
L’humanisme… Quelle belle connerie ! Personne n’est humaniste. Ce n’est qu’une façon de se donner bonne conscience, en se mentant à soi-même. Ils me font bien marrer ces humanistes avec leurs téléphones portables financés par des guerres, leurs fringues fabriquées par des enfants esclaves, leurs bagnoles qui carburent au sang de bougnoule ! Ce monde est encore plus hypocrite que nous, membres du KKK, qui nous planquons lâchement sous nos costumes de fantômes blancs. C’est l’hypocrisie qui a gagné la guerre de sécession, rien d’autre !
La fin de l’esclavage ? La décolonisation ? Illusions ! Il faut vraiment être complètement con pour croire à tout ça. Nous sommes toujours, plus que jamais, la race supérieure et les nègres ne le comprendront jamais, même s’ils nous le prouvent tous les jours. On leur a filé leur indépendance pour la forme, pour la bonne conscience collective, et on leur a prêté du pognon pour qu’ils rejoignent notre niveau. Sauf qu’ils sont incapables de rejoindre notre niveau, alors ce pognon nous permet de nous les affilier pour l’éternité. Quoi de plus aliénant que de dépendre financièrement de quelqu’un ? Et puis, concrètement, ils la regrettent amèrement leur dépendance. Ils sont tellement ravis d’être libres qu’ils rêvent tous de venir chez nous. Combien crèvent comme des chiens à nos frontières ? Combien sont ainsi prêts à crever pour venir chez nous cirer nos pompes, descendre nos poubelles, bouffer nos déchets ? Cinquante ans après ils continuent à nous considérer comme des dieux. L’occident reste et sera à jamais leur septième ciel, le paradis perdu, perdu à cause de l’orgueil de quelques uns. On a eu beau leur raconter la Bible, ils n’ont jamais été foutu d’en comprendre ne serait-ce que le début. Si ça c’est pas une preuve flagrante d’infériorité…
- Hé ! Tu t’es endormi ou quoi ?
- Quoi ?
Le fantôme me regarde. Je vois à peine ses yeux, verts, sous son ignoble costume. Il est mon reflet.
- La cérémonie est terminée, mec. On se désape et on se bourre la gueule maintenant.
- Ouais. Je réfléchissais, désolé.
- Y a un temps pour réfléchir et un temps pour se bourrer la gueule, mon gars.
Et le voilà qui trace, avec les autres. Je me demande si vu du ciel ça peut ressembler à une trainée de foutre. J’ai pas envie de les suivre. J’ai envie de jeter mon costume sur les restes incandescents de la croix, et de me barrer. Voilà donc tout ce qui reste des nobles officiers confédérés de jadis : une bande de beaufs déguisés comme des clowns, menée par une élite intellectuelle ultra minoritaire. «Y a un temps pour réfléchir et un temps pour se bourrer la gueule…» Ouais. Voilà tout ce qui nous reste. Nous bourrer la gueule pour oublier que sur un peuple de trois cent millions, nous ne sommes que huit milles. Huit milles beaufs. Huit milles moustachus. Huit milles bouseux incultes.
Allons donc nous bourrer la gueule, puisqu’il le faut. Bourrons-nous la gueule, par fidélité, par loyauté. Et puis reprenons notre vie normale, sans costume, sans serment, maintenant que nous nous sommes donné bonne conscience…
- Marty! Mon fils ! Tu n’as pas l’air dans ton assiette aujourd’hui…
- Je vais bien.
- Alors pourquoi tu tires une gueule pareille, au lieu de festoyer avec nous ?
- Festoyer ? Qu’est-ce qu’on festoie ?
Mon père, adoptif. Ma famille, ma seule famille. Si un jour je dois tomber, si un jour je dois tout perdre, il me restera Patrick. Ça me lacère le bide de devoir faire ça. Ça me lance de le décevoir ainsi. Ma réplique était trop cinglante. Je l’aurais voulu plus soft, mais l’émotion, l’alcool… Il me regarde, légèrement décontenancé. Lui qui a l’habitude de répondre du tac au tac ne s’attendait pas à recevoir une claque de ma part.
- Je vois…
- Non tu ne vois pas. Enfin merde à quoi ça rime tout ça ?
Les mots sortent de ma bouche sans réel contrôle de ma conscience. Ils me choquent plus encore que lui-même. Je vérifie autour de moi si personne ne m’a entendu. Ils sont tous occupés à vider leurs verres, à déconner et à chanter. De toute façon, la musique est trop forte pour qu’ils entendent quoi que ce soit. Je reprends, un peu moins fort :
- Nous sommes censés être les héritiers des nobles officiers de la cavalerie sudiste ! Nous sommes des chevaliers, supposés défendre l’ordre et la justice ! Je ne vois ici qu’une poignée d’ivrognes sans cervelle !
- Cette poignée d’ivrognes, comme tu dis, est ta famille ! Ne l’oublie jamais !
- Pourquoi moi je devrais ne pas oublier alors qu’ici tout le monde a oublié d’honorer la mémoire de nos ancêtres ?
- Très bien. Tu veux parler sérieusement, parlons sérieusement, toi et moi, d’homme à homme…
C’est pas la première fois que j’entends cette phrase. En général, c’est pas du tout bon signe pour mes gencives. Rien à foutre. Mes deux verres de Whisky m’ont rendu invincible. Je suis prêt à encaisser le choc. Je le devance donc pour sortir du préfabriqué. Je l’imagine derrière moi, déstabilisé une fois de plus par ma réaction, sentant que je lui échappe de plus en plus.
Arrivé dehors, j’inspire un grand coup, avant de m’allumer une Marlboro. Je m’avance un peu, tournant toujours le dos au préfabriqué et à son groupuscule de guignols. Je contemple l’horizon qui s’étale autour de moi. Des champs. Partout des couleurs, magnifiées par un ****** de soleil. Mon imagination suit les volutes de fumée. Je vois des batailles. Je vois des morts. Je vois une rivière de sang. Du sang américain. Du sang de blanc. Du sang noble. Ma décision est prise.
- On peut savoir ce qui te prend exactement ?
- Je suis désolé.
Je laisse un peu de temps s’écouler. Avalant une latte de tabac avant de reprendre, comme si ce tabac me donnait de l’inspiration.
- Je suis désolé. Je sais que je te dois tout, à toi et aux autres. J’en suis bien conscient. Seulement je n’y crois plus. Je ne vois plus d’intérêt à toute cette mascarade.
- Cette… mascarade ? C’est comme ça que tu oses appeler ça ? Une mascarade ?
- Ecoute. Qu’est-ce qu’on peut y faire ? On n’est plus crédible. On n’a plus une thune. On n’est plus rien. On n’a plus aucun poids…
- C’est toi qui vas m’écouter espèce de sale petit con ! Je ne t’ai pas éduqué pour fuir comme un rat alors que le bateau est en train de couler ! Tu peux nous traiter de guignols qui font une mascarade mais moi tout ce que je vois c’est que c’est toi le guignol ! Tu ne vois même pas la noblesse, la beauté de tous ces gens qui savent comme toi que le combat est perdu d’avance mais qui restent, par loyauté, par fierté, par honneur ! Parce que c’est ça l’héritage des officiers ! On préfère tous mourir plutôt que de se rendre !
- Tu te trompes. Tu te berces d’illusions. Malgré tout le respect que je te dois, la vérité c’est que tu es peut-être le seul à avoir cette mentalité.
- Espèce de… !
Je lui tournais toujours le dos. Je m’attendais à sentir sa puissante main sur mon épaule me tirer en arrière. Je m’attendais à me prendre une droite comme je ne me suis jamais pris de droite de toute ma vie. Une droite extrême, une vraie de vraie. J’étais prêt. Tous mes muscles contractés, parés pour encaisser le choc, dans la mesure du possible. Et j’ai juste entendu la musique à l’intérieur du préfabriqué s’élever légèrement, pendant quelques secondes, et puis la porte claquer.
Je crois que j’aurais préféré qu’il me défonce la gueule, en fait. Là, j’ai comme le sentiment d’avoir une dette, un sentiment d’injustice quoi… Et puis ça peut pas s’arrêter comme ça. C’est pas une fin, ça. Je me sens comme un con à attendre que je-ne-sais-quoi me tombe sur le coin de la gueule.
Bon ben ça c’est fait. Et maintenant, on fait quoi ?
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