Genèse
La Guerre sainte août 4th, 2009
A l’époque j’étais un gamin qui se croyait rebelle parce qu’il écoutait du rock, du métal, du punk, qu’il avait un look de skateur, T-shirt « parental advisory explicit lyrics » et casquette vissée en permanence sur le crâne et qu’il fumait des joints; je me rends compte avec le recul qu’il n’y a pas pire conformisme parce que j’étais pas du tout original, je faisais ma puberté comme une bonne partie des ados en bouffant du cliché à longueur de journée. J’étais évidemment de gauche parce que la gauche c’est les gentils et la droite c’est trop prêt de l’extrême droite qui sont les super méchants alors c’est juste les méchants tu vois? Je pensais encore en deux dimensions, comme tellement de gens: les gentils et le Bien d’un côté, les méchants et le Mal de l’autre.
Ca faisait déjà un moment que j’écrivais. Des merdes, immondes, que je faisais lire à mes potes, et ils trouvaient ça génial. J’avais écrit une centaine de poèmes et quelques nouvelles. J’étais en fac de lettres modernes et j’étudiais des auteurs hallucinants: Baudelaire, Rimbaud, Borgès, Flaubert… J’avais pas conscience qu’ils étaient morts depuis longtemps pour la très large majorité et qu’on était passé à autre chose et puis encore à autre chose… J’avais pas conscience non plus que chercher à imiter quelqu’un c’est fatalement se condamner à n’être au mieux que le numéro deux. En bref, j’étais déconnecté de tout, et je croyais avoir tout compris sur tout, encouragé également par mes profs que j’espère avoir été hypocrites avec moi et par un univers d’étudiants, qui se prennent pour les rois du monde alors que les licences d’aujourd’hui sont à peine au niveau du bac d’il y a 50 ans.
Et j’ai donc commencé à écrire un roman… que j’ai arrêté au bout de 10 pages. Il me semble que ce roman s’appellait déjà La Guerre sainte. C’était de la science fiction. Ca se passait dans un futur apocalyptique, avec trois camps qui s’affrontent. Influence d’Orwell et de 1984, sans doute. Le personnage principal était un surhomme tourmenté par de vagues souvenirs. J’avais des personnages intéressants (relativement parlant), quelques scènes en tête, mais c’était tout. J’avais pas un roman, ça a été clair dans ma tête très vite.
L’air de rien, ces 10 pages m’ont permis de progresser parce qu’elles m’ont aidé à prendre conscience de mes limites, de mon manque de maturité et suite à ça j’ai donc décidé de prendre quelques années pour m’entrainer encore.
Je me suis ainsi acharné sur les poèmes parce que même merdiques il n’y a rien de mieux pour travailler le style, apprendre à suggérer beaucoup en peu de mots et maitriser la langue, le rythme etc etc Je me suis aussi acharné sur les nouvelles pour la narration, les focalisations, les personnages…
Comme un guitariste qui débute doit endurcir ses doigts et reproduire presque à l’infini des musiques qu’il connait, en les massacrant, avant de pouvoir se sentir à l’aise avec son instrument, je me suis exercé pendant plusieurs années, des années interminables… jusqu’à la dépression nerveuse (causée par des choses autrement plus graves que ce nécessaire entrainement).
Une dépression nerveuse c’est quoi ? C’est un message violent que nous envoient notre corps et surtout notre âme pour nous faire comprendre qu’on n’est pas à notre place et qu’on fonce dans le mur. Il s’agit donc d’un moment où on peut enfin se remettre en question, prendre du recul et repartir sur de bonnes bases.En ce qui me concerne, ça a été long, très long, et particulièrement douloureux.
La Guerre sainte était en moi, même si je n’en avais pas encore conscience. D’autres versions ont vu le jour pendant cette période. Une première version encore très très immature mais qui avait le mérite d’étayer quelque peu les bases et une version très inspirée par l’oeuvre de Borgès qui m’a permis de développer la certains aspects métaphysiques.
C’est pendant cette même période que j’ai commencé à envoyer quelques nouvelles à des revues littéraires qui m’ont souvent fait l’honneur de me publier. Il s’agissait donc, paradoxalement, d’une phase extrêmement bénéfique pour moi. Certes, je m’en prenais plein la gueule mais cela nourrissait mes fantasmes, mon imaginaire, mon expérience. Cela me remettait toujours sur le bon chemin.
Par la suite, je me suis attaqué au théâtre. Je voulais me faufiler incognito parmi le public pour voir leurs réactions, sans hypocrisie, sans affect et, comme dirait dieu, je vis que cela était bon. Les gens riaient quand je voulais qu’ils rient, ils retenaient ce que je voulais qu’ils retiennent. C’était une expérience à la fois enrichissante et particulièrement encourageante: dans ma tête, j’étais finalement devenu un écrivain. Je sentais la maturité venir, d’autant qu’après avoir arrêté mes études à la licence de lettres modernes, j’ai commencé à devenir nettement plus intelligent et plus cultivé. Je lisais nettement plus de bouquins, nettement plus variés avec une bien meilleure compréhension, un esprit critique bien plus performant.
Il y a deux choses qui m’ont rendues nettement meilleur: ma sortie de l’école et la téléréalité. La téléréalité parce que dès le premier épisode de Loft Story, j’ai éprouvé un tenace dégout pour la télévision et ceux qui la font. J’ai donc arrêté de la regarder, hormis pour quelques rares exceptions, et j’ai occupé tout ce nouveau temps par la lecture, l’écriture et à satisfaire mon insatiable curiosité sur Internet.
Aujourd’hui, mardi 29 septembre 2009 (tiens! c’est ma fête…), alors que la version 4.0 de La Guerre sainte se termine, je n’ai pas encore fini de mûrir, d’apprendre, de progresser… et c’est tant mieux. La vie est une quête, une épopée perpétuelle qui nous amène parfois à nous dresser face aux dieux, à se laisser abuser par ces derniers, à les trahir.
La version 4 sera-t-elle la bonne ou y aura-t-il également une version 5? C’est à vous de le dire, vous, lecteurs, vous éditeurs car sans vous l’auteur n’est qu’un dieu sans fidèle, c’est-à-dire moins que rien.
About