Women, de Charles Bukowski

Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu de Bukowski. Il faut dire qu'à haute dose, ce n'est pas très conseillé pour la santé mentale. J'étais donc enthousiaste en commençant ce roman, cette autofiction où Bukowski nous raconte sa vie qui se résume à sa consommation d'alcool, de drogues et de femmes…
Ses bouquins sont toujours jouissifs, dotés d'un humour ultra gras franchement irrésistible qui colle bien avec ma propre mentalité. Buk est unique et il a le sens de la citation comme le prouvent ces deux extraits:
« Quand je rencontre un homme qui habite un endroit soigné, je sais qu'il y a quelque chose qui cloche. Et si c'est trop soigné, c't un pédé. »
« Les écrivains posent un problème. Si ce qu'un écrivain écrit est publié et se vend comme des petits pains, l'écrivain se dit qu'il est génial. Si ce qu'un écrivain écrit est publié et se vend moyennement, l'écrivain se dit qu'il est génial. Si ce qu'un écrivain écrit est publié et se vend très mal, l'écrivain se dit qu'il est génial. Si ce qu'un écrivain écrit n'est jamais publié et qu'il n'a pas assez d'argent pour s'éditer à compte d'auteur, alors il se dit qu'il est vraiment génial. En fait, la vérité est qu'il y a très peu de génie. »
Ce livre renferme donc de nombreux passages franchement jouissifs, drôles, décapants mais en même temps, malgré tout, je dois dire qu'au bout de 250 pages ça commençait à devenir répétitif et lourd. Au début, on a l'effet de surprise, l'enthousiasme et puis au bout d'un moment, Buk commence à vieillir, à s'épuiser. C'est étrange de se dire qu'une vie pareille finit par devenir une routine.
Le défaut majeur, d'après moi, est l'absence d'histoire. C'est totalement linéaire, un enchainement de scènes de vie. Le bouquin finit comme il a commencé.
Quant au style, c'est épuré, sans la moindre emphase, pas un mot plus haut que l'autre. Bien sûr, au début, on l'aime cet écrivain dépressif et alcoolique, mais au bout d'un moment, malgré les éclairs de génie, malgré les passages cultes qui sauvent le bouquin, on finit par se lasser.
Autre défaut: les innombrables coquilles et une traduction qui me semble douteuse, sans avoir lu l'original. Parce que « - Tu as de la merde? – Ouais, je vais en rouler un. » à mon avis, à la place de « merde » il aurait été mieux avisé de laisser « chit ». Pour les coquilles, un nombre incalculable de « l » remplacés par des « t » ou par des « ! ». Au lieu de lire « ma » ou « mon » on lit « ton » ou « ta » et ça casse complètement la lecture, on sort du bouquin; bref extrêmement désagréable!
Heureusement, j'ai appris que le Diable Vauvert allait rééditer les bouquins de Buk. Ouf! Enfin des pros amateurs du travail bien fait pour nous sauver notre poète!
Au final, Women est un livre à lire, pas un chef d'oeuvre, juste de quoi avoir le sourire pendant quelques jours, il reste nettement inférieur aux bouquins de Welsh, qui maitrise bien mieux la littérature et le sujet.
