Le journal d'un fou, de Nicolas Gogol

Je neeeeeeeeeee suis qu'un fouuuuuuuuuuuuuu, un fouuuuuuuuuuuu d'aaaaaaaaaaaamouuuuuuuuuuuuuur… Voilà la chanson que j'ai dans la tête depuis que j'ai commencé ce bouquin. Et pas la version originale, hein? la version Johnny/Lara Fabian. C'est dire si je suis content d'en finir!
Blague à part, j'appréhendais franchement la littérature russe. Jusque-là, je n'avais lu que La Mouette, de Tchékhov. C'est une excellente pièce de théâtre naturaliste, La Mouette, hein? « Si un jour tu as besoin de mon coeur, viens et prends-le ». J'adore. Mais il m'a fallu un sacré moment pour m'y retrouver dans les personnages, et donc pour l'apprécier. Parce qu'ils n'ont pas des noms comme nous les russes. Y a une logique que je n'ai jamais comprise. Non seulement ils ont des noms difficilement prononçables quand on est habitué à des Jean Dupont mais en plus ils ont l'air d'en avoir plein, des noms, avec des diminutifs qui ne ressemblent pas à des diminutifs… Bref, il faut une initiation aux noms russes pour pouvoir suivre. Et comme je n'en ai jamais eu, j'avais peur.
Néanmoins, l'auteur, que je ne connaissais que de nom et de réputation, s'appelle Nicolas Gogol. Donc, déjà, ça va. Je ne risque pas trop de me taper la honte en le disant ou en l'écrivant. En plus, j'ai trouvé ce bouquin lors d'une brocante (bon plan les brocantes pour faire le plein de bouquins pour po cher) et le vendeur m'avait rassuré en me disant que ce n'était pas du bon gros russe bien lourd mais au contraire un livre plutôt humoristique et… drôle. Les russes peuvent écrire des livres humoristiques et être drôles???? Moi je pensais que l'humour russe se limitait à ça:
Ceci est un message de propagande à la russe…
Vous remarquerez que ce mec génial qui fait super bien du judo, qui serre la main comme personne et qui signe sans trembler… n'a visiblement pas l'habitude de sourire. Pour le bien de la Russie, faites un don: envoyez tous vos vieux DVD de Bourvil et De Funès au Kremlin, vous pourriez contribuer à faire du monde un monde meilleur.
Mais revenons à Gogol. J'étais donc rassuré mais sceptique malgré tout. Comme je suis curieux et en plus un ouf, un dingue, j'ai commencé ma série de bouquins par celui-là et… ben en fait c'est vrai que c'est amusant et agréable à lire.
Bon, c'est pas du Bukowski non plus, vous allez pas vous abimer les synus en lisant Le Journal d'un fou mais ça reste un divertissement agréable et intelligent (et plutôt court en plus). Et puis ça fait toujours classe d'avoir lu un auteur russe, justement à cause des préjugés précités.
Au début, quand même, je vous avouerai que je me suis pas senti rassuré en voyant une bonne grosse description d'une rue de saint Pétersbourg. C'est du XIXème siècle quand même et au XIXème sévissait un monstre digne de la mythologie grecque qu'on nomme toujours Balzac! Moi qui suis un grand littéraire et qui adore les difficultés, je n'ai jamais pu finir un Balzac, ou plus précisément: je n'ai jamais pu aller au bout de sa première interminable description. J'ai essayé avec plusieurs de ses bouquins mais non, vraiment, toute cette somme de détails c'est très joli et ça prouve indubitablement le perfectionnisme du bonhomme mais qu'est-ce que ça peut être chiant… Mais justement Gogol en joue: les longues descriptions à la mode semblent l'emmerder autant que nous et il établit une connivence avec son lecteur pour s'en moquer.
Sinon pour le sujet, en gros on peut dire que c'est du fantastique/absurde: l'histoire d'un homme qui perd son nez, d'un tableau maléfique (inspiration du Portrait de Dorian Gray?), d'un fantôme voleur de manteaux… Du grand n'importe quoi qui se passe toujours dans les rues étranges et fantasmatiques de la capitale russe de l'époque: Saint Pétersbourg. Critique de la ville, satyre sociale en plus, tournée à la rigolade… Ben j'aime bien pour finir.
Pas un chef d'oeuvre mais j'apprécie les idées, la tonalité générale, l'ambiance… A lire sans réticences, donc.
