L'Ordre moins le pouvoir – Histoire & actualité de l'anarchisme, de Normand Baillargeon
Philosophie septembre 18th, 2009

C’est incroyable le nombre de gens qui sont anarchistes… sans le savoir. A commencer par moi. La première leçon qu’on doit retenir de ce livre, c’est ça. On y apprend d’emblée que le pouvoir en place ne cesse de faire campagne, avec un énorme succès, pour que le peuple associe le mot « anarchie » au mot « chaos ». Et c’est vrai! Avant de lire ce livre je considérais l’anarchie comme une phase de transition difficile, chaotique voire souvent sanglante entre deux régimes. J’associais l’anarchie avec le punk, violent, alcoolique, drogué. J’associais l’anarchie avec une certaine forme de terrorisme, j’associais l’anarchie à la fainéantise. En bref, pour moi, être anarchiste supposait être terriblement con ou traumatisé.
Et puis je me suis intéressé à Noam Chomsky, et puis à Normand Baillargeon. Et j’ai été clairement interloqué. Plus je lisais, plus je m’intéressais à ces deux personnes et plus il m’apparaissait évident qu’ils étaient à des années lumières de tous ces clichés. Le Petit Cours d’autodéfense intellectuelle de Baillargeon, par exemple, démontre clairement que ce dernier est quelqu’un d’intelligent, de rationnel et forcément qui ne se laisse pas abuser. Donc quelque chose ne cadrait pas. J’étais manifestement dans l’erreur quelque part, et je devais savoir où.
C’est dans cette optique que je me suis acheté ce livre, et je ne suis pas déçu du voyage.
Que peut-on en retenir?
D’abord, comme je l’ai dit, qu’il ne faut pas se fier aux médias (ça je le savais depuis un moment) ni même aux dictionnaires… Hé oui, cette référence absolue qu’est le dictionnaire est contaminée par les clichés véhiculés par le pouvoir. Ce n’est probablement pas une volonté délibérée, c’est juste que pour le commun des mortels anarchie=chaos. C’est passé dans le langage courant et on a tous utilisé ce terme pour désigner un bordel, sans avoir conscience de l’erreur qu’on commettait. Hé oui car il est chargé, malgré lui, très, très négativement ce mot. Il est tellement chargé que les anarchistes d’aujourd’hui préfèrent utiliser le terme « libertaire » pour se désigner.
La conséquence de ça c’est qu’aujourd’hui, comme je l’ai dit au tout début, beaucoup de gens ignorent qu’ils sont anarchistes parce qu’ils ignorent ce que signifie réellement ce mot et qu’ils n’ont aucune envie de se coller une étiquette pareille. C’est un très joli coup de la part du pouvoir puisque cette ignorance nous empêche de nous rassembler, d’en discuter, de mener des actions conjointes. Mais ça ne va pas durer. Nous vivons une époque très particulière, une époque charnière dans laquelle je vois, tous les jours, des signes encourageants. D’un côté on a une perte de confiance manifeste envers le pouvoir qui a tout de même trouvé la parade en brandissant le fléau du Front National… Si vous ne votez pas, bande d’anarchistes!, vous allez vous retrouver avec Lepen comme président! C’est ça que vous voulez hein? Bah en même temps pourquoi pas? Ca nous donnerait une excellente excuse pour renverser un pouvoir devenu illégitime et immoral. M’enfin je préférerais largement que cela se passe autrement: beaucoup trop de sang versé dans cette perspective et j’aime pas trop ça, moi, le sang. Dans les signes encourageants, on peut aussi noter le courant alter-mondialiste qui prend de plus en plus d’ampleur, la nécessité écologique qui suppose de stopper net la « logique » de surconsommation et puis, plus largement, les innombrables contradictions et paradoxes que je ne cesse de montrer du doigt sur ce blog, les semblants de démocraties incarnés par le PS ici en France qui parle toujours de la beauté de la démocratie et qui élit son premier secrétaire en trichant en sachant que la gagnante a simplement mieux tricher que la seconde, qui du coup voulait refaire l’élection pour mieux tricher ce coup-ci ou par le traité de Lisbonne, magnifique celui-là: on nous le propose une première fois, on dit « non merci », on nous le repropose en version abrégée (mais c’est exactement le même avec juste moins de baratin), on est bien obligés de l’accepter vu qu’on nous a pas donné le choix, les irlandais le refusent, on attend un peu et on leur repropose, sous-entendant ainsi qu’ils avaient mal voté et qu’ils sont sans doute moins cons aujourd’hui qu’hier… La démocratie est un leurre et on s’en rend de plus en plus compte, on ne peut que s’en rendre compte…
L’anarchie apparait donc comme une alternative à ce capitalisme que même les plus convaincus ont bien du mal à défendre et à un pouvoir qui, finalement, revient toujours aux mêmes. Une alternative nettement plus convaincante que les autres: le totalitarisme, personne n’en veut plus et c’est pas dommage et le communisme ça n’a jamais été qu’une dictature dont on ne veut plus non plus.
Restent néanmoins des questions que je me posais d’emblée: comment un non-état pourrait-il survivre sans pouvoir? La réponse est donnée clairement dans ce livre: il ne le peut pas! L’anarchie n’est pas contre TOUS les pouvoirs, ce serait absurde, mais l’anarchie s’inscrit dans la logique des Lumières en s’interrogeant sur la légitimité des différents types de pouvoir. Il me semble évident qu’un enfant a besoin du pouvoir de ses parents pour grandir et simplement survivre, il semble évident qu’une police est nécessaire pour traquer et trouver les psychopathes et autres égoïstes, il semble évident que l’armée est nécessaire pour protéger des pouvoirs extérieurs…
Autre question: sans contrainte comment des travailleurs pourraient-ils être productifs? Hé bien en réalité, ils le sont bien plus quand ils ne sont pas contraints parce qu’ils savent pourquoi ils vont bosser: pour eux-même et pour leurs camarades. Dans une anarchie, on travaille parce qu’il faut bien se procurer de quoi vivre et aussi par solidarité.
La seule question qui demeure après avoir lu ce bouquin reste la question de la faisabilité et de la viabilité. Parce qu’effectivement les concepts de liberté, d’égalité et de fraternité propres à l’anarchie (et non pas à la démocratie: vous vous sentez vraiment libres, égaux et solidaires, vous?) ont de nombreux et puissants ennemis. Si jamais un pays devenait anarchiste, il se passerait la même chose qu’à la Révolution française: les Etats voisins auraient peur que l’anarchie ne vienne chez eux et viendraient donc en renfort, manu militari, pour remettre nos élites au pouvoir, les grands patrons, les actionnaires ne pourraient supporter ça non plus parce qu’on s’en prendrait à la fois à leur marché et à leurs privilèges, les religions s’enflammeraient de cette hérésie qui prône l’égalité et le rationalisme… D’un autre côté, la démocratie a fini par gagner, avec énormément de sang répandu sur son drapeau. Est-ce aussi l’avenir de l’anarchie?
Tags: anarchie, anarchisme, chomsky, commune de paris, critique, l ordre moins le pouvoir, libertaire, Louise Michel, mai 68, normand baillargeon, propagande, proudhon
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Philosophie mai 13th, 2009
Je m'intéresse assez peu aux bouquins philosophiques mais vous pouvez toujours m'en conseiller, je suis open:
- L'ordre moins le pouvoir, de Normand Baillargeon
- La Nausée, de Jean-Paul Sartre
La Nausée, Jean-Paul Sartre, la critique
Philosophie février 1st, 2009
Ben je vais me gêner, tiens!
Déjà, le contexte. Je venais de finir
Une Ordure, de Welsh. Ca faisait plusieurs mois que j'étais dans la littérature provoc, prolo, engagée, populaire. Autrement dit: j'étais à fond dans le keupon littéraire (punk en verlan, hein?), et d'un coup, ptite touche de nostalgie, j'avais besoin d'un retour aux sources, de me remettre un peu à la musique classique, celle qui a, justement, été éprouvée par le temps, les critiques, tout ça…J'ai, évidemment, été inspiré par le titre, qui reste dans la tonalité des prédécesseurs. J'avais aussi un bon souvenir de Sartre, grâce à une pièce de théâtre qui m'a marqué: Le Diable et le bon Dieu. J'avais aussi lu un extrait de son autobiographie: Les Mots. Ca m'avait pas suffisamment motivé pour poursuivre l'aventure, mais ça ne m'avait pas non plus laissé un souvenir désagréable. Alors là, entre Huis clos et La Nausée, j'ai choisi La Nausée, peut-être à cause d'une claustrophobie embryonaire, qui sait?
Et c'est ainsi que je m'y suis lancé à corps perdu…
Seulement, après une quarantaine de pages, j'ai éprouvé le besoin de consulter Wikipédia. J'arrivais pas à comprendre où il voulait en venir avec sa fausse histoire. Alors j'ai cherché du côté de l'existentialisme, et puis également ce qu'ils disaient du bouquin en lui-même. Ca m'a pas franchement rassuré. J'avais acheté un bouquin de philo sans trop m'en rendre compte. Bon, je suis pas complètement con non plus, je me doutais bien que ce serait empreint de philo quand même! Mais je m'attendais à une histoire intéressante…
Au lieu de ça, on a bien une histoire, celle d'un type qui n'a rien de mieux à foutre de sa vie que de se prendre la tête sur le concept d'existence. Est-ce que vivre a un sens? Un intérêt? Qu'est-ce qui existe? Est-ce que cette pierre existe? Pourquoi? Que dois-je faire de mon existence? Et paradoxe du paradoxe, psychoter ainsi sur la notion d'existence… donne la nausée! Autrement dit, monsieur Sartre, l'illustre monsieur Sartre, découvre et fait découvrir à ses lecteurs que se prendre la tête comme il le fait, et comme il nous amène à le faire, n'amène à rien de bon hormis à se donner envie de gerber!
Le concept n'est pas inintéressant, mais dans le même genre, je préfère quand même La Chute de Camus (qui se défendra toujours d'être existentialiste d'ailleurs), mieux écrit, mieux tourné, plus poussé.
Parce que là, l'oeuvre est courte et heureusement, c'est non seulement pessimiste (mais Camus l'est d'autant plus) mais surtout lourd et pédant (mais ça, c'est peut-être le contraste avec Welsh qui fait).
A sa décharge, il s'agit de son premier roman et il se laisse, malgré tout, lire. La Nausée me fera au final le même effet qu'un lendemain de cuite: sur le coup on est mal, on se dit « plus jamais » et puis le lendemain c'est oublié…
Un livre à lire, par pure curiosité, dont il ne faut rien attendre pour éviter la déception, à moins d'être passionné par l'existentialisme…
A suivre: la critique de Fight Club, de Chuck Norris, nan
(mais ç'aurait pu!), Chuck Palachuk, nan, enfin Chuck Machintruk quoi!

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