Il y a un peu plus d’un an, le 07 octobre 2006 dans l’après-midi, une étoile s’est éteinte. Marie-Claude nous quittait, après 3 ans de lutte désespérée contre le cancer.
J’avais fait sa connaissance au moment où cette ******rie commençait son oeuvre de destruction lente. Je la connaissais donc depuis 3 ans. Ces trois années m’avaient permis de découvrir une fille merveilleuse, une battante, déterminée, d’une gentillesse, d’une candeur et d’une douceur infinis. Marie Claude ne buvait pas, elle ne fumait pas, elle était sportive, avait une vie aussi saine que possible, évitant les fast food et privilégiant largement les produits naturels. Sa mort, et plus encore toute l’atroce souffrance qui l’a précédé durant ces trois ultimes années étaient profondément injustes.
Je l’ai assisté, aidé, conseillé du mieux que je pouvais pendant toutes ces années. Ceux qui me connaissent savent que je suis d’une nature altruiste, mais je dois confesser que pour ses derniers instants, je me suis préservé. Elle ne m’a pas appelé à ses côtés, à son chevet, sinon je m’y serais rendu, mais j’ai refusé de moi-même d’aller la voir. Je savais que son heure était proche. Je savais qu’elle était dans un état absolument terrifiant, passant son temps à pleurer et à gémir tant la souffrance et la peur de la mort étaient horribles. J’avais déjà beaucoup donné. Contrairement à Max, son petit ami et à ses proches, je n’étais pas vraiment soutenu; c’était moi qui soutenais. C’était simplement au delà de mes forces. J’avais déjà vécu trop de deuils qui sont autant de blessures qui ne veulent pas se refermer. Je ne voulais pas non plus avoir d’elle l’image d’un cadavre en sursis. Et je sais qu’elle y tenait aussi à son image: malgré l’imminence de la mort et sa souffrance terrible elle insistait pour qu’on la lave et qu’on l’habille tous les jours, mais elle préférait qu’on ne la voit pas dans cet état là.
Je me souviens de cette fois où j’avais appelé Max, qui était à ses côté. Il avait une voix très faible, comme s’il pleurait, et derrière lui j’entendais Marie qui pleurait, hurlait, gémissait. Le cancer avait atteint les poumons, un drain lui transperçait la poitrine pour vider l’eau qui s’emagasinait dans ses poumons, elle respirait difficilement, extrêmement difficilement et la morphine ne suffisait plus. Plus de morphine et c’était l’asphyxie. C’est ça qui l’a achevé, ce 07 octobre 2006. La mort n’était pas une punition mais bien une libération. Seulement elle n’avait que 29 ans. Sa vie commençait à peine. Une vie déjà douloureuse, qui se termine par un martyr…
Suite à ça j’ai remis ma vie en question. J’étais perdu et totalement déprimé. Le soir de sa mort, alors que les proches étaient réunis, j’ai failli m’effondrer, parce que Max m’a simplement remercié au nom de Marie pour tout ce que j’avais fait pour elle, et aussi pour lui. J’ai fait un effort surhumain pour retenir mes larmes. Orgueil? Pudeur? J’en sais rien. J’étais venu là en me disant que Max et les autres auraient besoin de mon soutien, je ne voulais pas admettre que j’avais autant qu’eux besoin d’être soutenu. On ne m’a pas vraiment soutenu à cause de ça, parce que je faisais comme si je n’en avais pas besoin, que je restais dans ce rôle de soutien.
Seulement j’ai salement morflé pendant l’agonie et au moment de sa mort. J’ai salement morflé le jour de son incinération. Et je suis totalement parti en couille pendant de longs mois après sa mort. En novembre, décembre, janvier, février, je n’étais pas moi-même. J’étais l’ombre de moi-même. Je faisais un peu n’importe quoi. J’ai pété un câble, plusieurs même. Je suis tombé amoureux d’une mytho, Justine. J’ai sombré. Il m’a fallu du temps pour remonter la pente. Je ne suis même pas sûr qu’elle soit totalement remontée d’ailleurs.
Tout ça pour dire à quel point cette mort m’a affecté, et si elle m’a tant affecté c’est parce qu’elle a touché une personne exceptionnelle qui ne méritait vraiment pas ça.
J’espère que là où tu es, tu es heureuse et enfin débarrassée de toute souffrance, Marie Claude….