Moment d'anthologie

Conneries décembre 21st, 2006

Moment d'anthologie

Hé ben oui, je l’ai mis ce pur moment d’anthologie!
Petit flash back. Août 2002, Camping des Oyats, Seignosse. Je reviens de je ne sais trop quelle soirée avec un pote. Il est un peu plus de minuit. On s’approche de notre tente et à la lueur de ma lampe torche, je vois deux jambes fort crades dépasser de celle-ci. Nous avons rapidement identifié le propriétaires des dites jambes comme étant notre troisième colocataire, qui avait disparu pendant de longues heures. Nous nous approchons, histoire de juger de l’état général de notre camarade et constatons qu’il est trempé, boueux, comateux et qu’il puait le pastaga, odeur toujours fortement agréable. Nous comprenons très vite qu’il est dans un état d’ébriété très avancé. Mon pote, qui est également le frère de ce sympathique colocataire, craint un peu pour la qualité de notre nuit du fait de la forte probabilité d’un lancé de galette incontrôlé et imminent dans notre modeste demeure estivale. Sur mon approbation, il entreprend de lui virer sa gueule de là. Réponse inintelligible mais néanmoins claire de notre compagnon composée de borborygmes onomatopesques qu’on peut traduire d’après la tonalité par « Fous moi la paix *******, tu vois pas que je dors? Mais non je vais pas gerber! » Traduction littérale et un peu arbitraire, vous me le pardonnerez. Après quelques minutes et l’entêtement de mon ami, la bombe-à-retardement-à-gerbe-qui-pue consent à se mouvoir hors de notre gîte afin d’éloigner la menace qu’il représente. Il effectue un périple d’un mètre cinquante, à quatre pattes, dans le sable et dans un effort surhumain. C’est alors que la bombe explosa. Grands bruits à dominantes de « a » et de « o ». Le quidam lance une longue série d’immondes galettes dans le sable fin, juste à côté de notre tente. Moi, sentant le moment d’anthologie, j’ai déplié ma chaise de camping bleue à quelques mètres de la scène, j’ai sorti l’appareil photo et le paquet de biscuits, à défaut de pop corn, n’ayant pas l’estomac fragile. Une fois la série terminée, il y eut comme un moment de suspense. On sentait un puissant combat intérieur déchirer notre héros nocturne. Finalement, le combat se termina par une flagrante défaite de l’humain sur l’animal. Dans un soupir bestial, il laissa retomber sa tête sur son bras d’abord (cf la photo) puis dans le sable… gorgé de gerbe encore toute chaude, avant de se rendormir en émettant des bruits qui ne sont pas sans rappeller le cri de la femelle sanglier en rut. Après quelques instants de réflexions qui durèrent le temps d’une clope, mon ami décida qu’il ne pouvait laisser son frère ainsi et entreprit donc de l’aider. Moi pendant ce temps, je regardais le ciel. C’était la nuit des étoiles filantes et j’avais un paquet de voeux à formuler. Lorsqu’il me signifia son intention, je lui marquai ma désaprobation. Ma philosophie a toujours été de rester éloigné des bourrés lorsqu’ils sont passés du côté obscur de la force: il n’était plus dans la tente, il avait gerbé, il était dans la position fort confortable de l’autruche pour passer la nuit et au réveil il pourrait même comprendre que l’abus d’alcool est dangereux au moins pour l’hygiène faciale et vestimentaire, mission accomplie. Cela dit, j’étais tout près à l’encourager mentalement. Malgré de nouveaux borborygmes porcins, le grand frère souleva lourdement le petit frère et le déposa sur la bache qui se trouvait devant notre tente. Il le coucha sur le dos, prit un rouleau de sopalin et nettoya son cadet avec un amour fraternel qui me fila presque la larme à l’oeil. Il ne manquait plus qu’une petite musique du genre de celles qu’on peut entendre dans les téléfilms américains destinés à exalter les valeurs familiales. L’entreprise prit de longues minutes, et une fois terminé, mon ami prit un peu de recul et sourit en observant son oeuvre et sa bonne action, comme un peintre satisfait d’avoir mis la dernière touche à son chef d’oeuvre. Moi-même, je le regardais avec un sourire complice, un bout de noix de pécan entre les dents, ému par tant d’abnégation, de bonté et de beauté. C’est exactement à ce moment que nous avons tous deux entendu un bruit de gorge caractéristique, suivi d’une sorte de micro explosion, puis d’un splash sonore. Hé oui! Ce *******, dans son sommeil, venait sans même s’en rendre compte, de s’envoyer un mollard géant et putride en pleine gueule, cette gueule que son frère venait de nettoyer avec tant d’amour, d’application et de sopalin…
Après un dernier coup de nettoyage, une clope, et une monstrueuse barre pour moi surtout, nous l’avons laissé là, sur cette bâche et sur le dos, pour aller nous coucher. Mais le spectacle n’était pas terminé. Pratiquement toute la nuit, je l’ai entendu ronfler comme un immonde gorret, racler sa gorge et continuer à se cracher dessus. On entendait aussi tout le voisinage lancer des « hooooooooo » et des « baaaaaaaaah » ainsi que des « mais c’est pas possible » pendant de longues heures. Moi évidemment, je ne pouvais pas dormir puisque j’étais plié en deux.
Le lendemain matin, notre gorret était pétant de santé mais de sale humeur. Tout le monde le vannait sur sa nuit et ça l’énervait. Au bout d’un moment, il est venu me trouver dans ma tente alors que je me réveillais à peine pour me demander de lui raconter ce qu’il s’était passé…

Bien évidemment, je tairai l’identité de notre gorret national mais je ne pouvais pas m’empêcher de raconter cette inoubliable soirée. ^^