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C’est plus ou moins la suite de L’Evangile du Serpent. Plus ou moins parce qu’il y est fait référence au nomadisme mais ce n’est pas vraiment présenté comme une véritable révolution, plutôt comme un non-événement. Je trouve ça un peu dommage mais c’est très subjectif.

L’Ange de l’abîme traite de l’islamophobie en poussant les logiques ou passions jusqu’à l’extrême. Malheureusement, le monde futur que Bordage nous présente est crédible. Oui il est possible que dans un avenir proche on se retrouve avec deux blocs ennemis, l’un islamiste et l’autre «chrétien», en partie à cause des Etats-Unis et de la «politique» de Bush, qui sème du terrorisme loin de son propre territoire, se foutant des conséquences de ses défaites sur le vieux continent. Oui, cela peut tourner en conflit et oui ça en arrangerait clairement beaucoup que ce conflit ait lieu, parce que lorsqu’on a un conflit externe on en oublie tous les conflits internes, et puis en temps de guerre, tous les coups sont permis, toutes les dictatures sont préconisées, tous les privilèges sont justifiés. Un ennemi c’est tout de même bien pratique. Ça fait tout oublier.

Il y a donc quelque chose de Barjavel dans les bouquins de Bordage, émancipation des mœurs en plus. Barjavel a un style un peu enfantin qui n’est pas déplaisant mais tout de même assez
frustrant. Comme Werber, ses personnages sont assez caricaturaux, manquant radicalement de personnalité. Ce n’est pas le cas chez Bordage donc à mon sens ça le rend nettement supérieur à Barjavel. Reste à voir l’épreuve du temps, voir si ses bouquins ont véritablement quelque chose de prophétique.

Dans tous les cas, ça reste particulièrement agréable de suivre l’épopée de Pibe, gamin de 13 ans qui a perdu toute sa famille d’un coup suite à l’explosion d’une bombe sur sa maison,
et Stef, gamine mystérieuse, un peu plus âgée qui lui apprendra à survivre et à ne pas avoir peur dans un monde chaotique où les ennemis sont partout : les SDF, les flics, l’armée, les gens qui essaient juste de survivre… Ils traversent ainsi ensemble l’Europe de long en large, de la France à la Roumanie, afin de rencontrer le monstre qui est à la tête de l’Europe, celui qui refuse de gagner ou de perdre sa guerre contre les musulmans, celui qui opprime tout un peuple au nom de Dieu.

Une magnifique métaphore filée des guerres saintes actuelles menées par les Etats-Unis, les groupuscules terroristes et les Israëliens.

Dans le même genre, vous aimerez aussi:

- L’Evangile du Serpent, de Pierre Bordage

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Voici le sommaire de mes critiques de livres de science fiction. Cliquez sur le bouquin pour la voir:

- Dune 1, de Franck Herbert
- Fatherland, de Robert Harris
- Les Chaines d’Eymerich, de Valerio Evangelisti
- Le Mystère de l’inquisiteur Eymerich, de Valério Evangelisti
- La Brèche, de Christophe Lambert
- Zoulou Kingdom, de Christophe Lambert
- Fight club, de Chuck Palahniuk
- L’Evangile du serpent, de Pierre Bordage
- L’Ange de l’abîme, de Pierre Bordage

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Je connaissais pas du tout Bordage mais en me promenant comme je le fais de temps à autres sur le site du Diable Vauvert j’avais été attiré par la couverture, par le titre et par la présentation, et comme le Diable ne m’a jusqu’à présent jamais déçu, j’ai décidé de me le commander et de le lire. Hé bien je viens tout juste d’en commander deux de plus chez cet éditeur! A suivre donc d’ici quelques temps Betty Monde de Coralie Trin Thi (si elle est aussi bonne écrivain que bonne actrice porno et bonne tout court, ça doit donner!) et la suite de L’Evangile du serpent: L’Ange de l’abîme. Affaire à suivre donc.

Par où commencer? Peut-être déjà en notant qu’il s’agit de science fiction, une science fiction sans vaisseaux spatiaux et sans haute technologie. Bordage a décidé de s’imaginer qu’un Christ nouveau faisait son apparition à la naissance du troisième millénaire et il brode là-dessus.
On se retrouve ainsi avec un Christ de l’Aubrac qui répand sa bonne parole, pas vraiment catholique, en France. Au niveau philosophie c’est du hippie sans drogue mais avec le fameux serpent cosmique. C’est quoi donc que le fameux serpent cosmique dont nous parle Dantec dans Babylon babies et qu’on retrouve également dans le (mauvais) film Blueberry de Jan Kounen?  Pour de plus amples informations, je vous invite à fouiller un peu sur le net, mais pour résumer disons que c’est une croyance chamanique issue de tribus d’Amérique du sud qui se défoncent grâce à une drogue mégapuissante provenant d’une liane et qui, dans leurs délires, voient toujours un serpent double, censé être le créateur de l’univers et celui qui le tient en place. Certains occidentaux ont tenté l’expérience et trouvé que bizarrement ce serpent cosmique ressemblait foutrement à l’ADN et que c’était quand même étrange qu’on retrouve toujours le serpent dans toutes les cultures du monde, toutes les religions et toujours avec une image positive… sauf chez nous où cet enfoiré a donné la pomme à Eve qui l’a donné à Adam. Mais même là, le serpent est lié à la connaissance et à la genèse. Alors forcément ça enflamme les imaginations et en particulier celle de Bordage qui nous en a fait un bouquin du tonnerre de Zeus.

Voilà donc pour le postulat de départ: un Jésus hippie sans drogue mais à fond avec la nature liée au serpent double qui professe le néonomadisme, l’abandon du verbe avoir pour le verbe être et surtout de vivre dans l’instant présent, en laissant tomber le passé et en évitant de se projeter dans l’avenir, nécessairement anxyogène.
Et bien sûr, ça ne plait pas à tout le monde, cette philosophie parce que beaucoup de gens sont bien contents d’avoir beaucoup et n’ont pas envie de perdre. Il y a les religions qui voient débarquer un nouvel adversaire… Bref, pas facile de se convertir au néonomadisme!

Pourquoi ce livre est bon?
Je dirais qu’il est un mélange de Werber, de Brown, de Dantec mais avec plus de talent qu’eux tous réunis (sauf peut-être pour le Dantec des débuts), ce qui n’est pas bien compliqué. La différence majeure entre Bordage et les deux premiers c’est que Bordage sait écrire: il a du style. Autant Brown et Werber font de la littérature pour enfants avec le style d’une page de Wikipédia autant Bordage écrit pour des adultes qui sont relativement exigeants en la matière. Soyons honnête: c’est pas non plus du Aragon mais c’est quand même pas mal. L’autre différence provient des personnages: contrairement à Werber et à Brown, on trouve des personnages dans L’Evangile du serpent! Hé oui, des vrais, avec une personnalité, une part d’ombre, des qualités, des défauts, des doutes… Ca sent la vie, quoi et pas la vulgaire baudruche. Si je les compare c’est parce qu’ils traitent des mêmes thèmes et aussi parce que Bordage utilise le même procédé que Brown: le cliffhanger (c’est à dire terminer un chapitre sur un élément de suspense pour se focaliser sur un autre personnage) et le bonheur c’est que lui ne fait pas reposer son bouquin uniquement là-dessus.
Alors franchement, ça fait du bien de lire ça…

Ca fait d’autant plus du bien que ce livre nous renvoie une image intéressante de nous-même, de notre société et de la place que nous, individus, occupons sur cette planète. Bordage évite les clichés et les caricatures, preuve d’intelligence et de subtilité et on sent un profond humanisme transpirer dans tout le livre. Il ne condamne pas, il ne juge pas, ne jette aucune pierre… sans jamais tomber dans la mièvrerie, le bisounours. Bien joué.

Ce livre se présente à peu près comme le nouveau Testament: on trouve d’abord les évangiles, une focalisation sur les quatre apôtres qui présentent, en focalisation 0 (avec un narrateur omniscient quoi), leur petite histoire liée au Christ de l’Aubrac, appelé également Vaï’ Kaï, en alternance. Ces apôtres sont un tantinet différents de ceux de la Bible puisqu’on trouve d’abord Mathias, tueur à gage de son état, Lucie, cyber stripteaseuse de son état, Marc, journaliste pour un magazine corompu et à grand succès et Yann, étudiant paumé, engagé quand même, et flanant sur les rave party à l’occasion. Que du bon pécheur quoi! Et ça se termine avec les actes (hé non pas de psaumes ni d’apocalypse mais peut-être dans la suite, qui sait?) qui sont plutôt courts.

Un excellent bouquin que je recommande donc chaudement.

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