Frédéric Mitterrand, Marine Lepen et quelques leçons de com
Politique octobre 14th, 2009

Hé ben ça part dans tous les sens cette histoire dites-donc. Un vrai beau bordel mais surtout d’excellentes leçons de communication. Va falloir délayer un peu tout ça histoire de s’y retrouver alors…
Tout ça a commencé avec les propos de Mitterrand et de Koushner (que je n’oublie pas! Aucun risque!) à propos de l’affaire Polanski. Ulcéré par les déclarations de ces deux représentants du peuple j’ai été dans les premiers à exiger la démission de Mitterrand (mais là pour le coup j’avais injustement oublié Koushner, dans mon emportement. Je corrige aujourd’hui: je veux la démission des deux!) et Marine Lepen a saisi la perche et lancé sa pétition pour la démission de Mitterrand (mais pas de Koushner, pourquoi donc? Emportement aussi?). Faisons un premier arrêt sur image. Le FN, depuis 2007, est comateux, moribond, politiquement et médiatiquement. En plus De Villiers a décidé de se rallier à l’UMP, ce qui n’est pas non plus très bon pour les affaires. Ce parti avait donc un besoin vital de revenir sur le devant de la scène et en s’emparant de l’affaire ils ont réussi un fort joli coup. En effet, ils font parler d’eux tout en se donnant une belle image: ils sont du côté de la justice, des victimes, du peuple oppressé face aux puissants. J’aurais tellement préféré que ce soit le PS, le Front de gauche, le NPA, les Verts, le Modem ou même l’UMP qui lance cette pétition… Mais non. C’est le parti contre lequel je me bats et je milite depuis des années. J’ai failli en chialer.
Et ça pose deux problèmes.
1- Les gens sont, de façon très compréhensible, réticents à signer une pétition estampillée FN. On s’est habitués à penser que le FN ne pouvait dire que des conneries voire des horreurs et par instinct, par réflexe, par dégoût on n’a pas envie de cautionner le moindre de leurs agissements, de leurs paroles, de leurs actes. On n’a pas envie de les soutenir, pas envie de s’associer à eux quelle que soit la cause. C’est, à mon sens, une erreur intellectuelle, aussi compréhensible soit-elle, parce que les gens du FN ne disent pas QUE des conneries. On peut être en désaccord, comme je le suis, sur leurs valeurs, leurs idées, leurs programmes, leurs propos mais si Marine Lepen dit « Aujourd’hui il fait beau » ça ne veut pas dire qu’il fait de l’orage. Mais Mitterrand n’a pas raté l’occasion de sortir cet argument tout pourri, disant que c’est un honneur que de se faire attaquer par le FN. Belle façon d’esquiver et de retourner la situation: en procédant ainsi il ne répond pas à la question et se justifie en disant que le FN ne dit de toute façon que de la merde.
2- Très grave erreur de resortir des passages de La Mauvaise vie, le bouquin polémique de Mitterrand… Très grave erreur. Parce que forcément, pourquoi ne pas l’avoir dénoncé plus tôt? Il est sorti en 2005. Et puis c’est tellement plus facile pour Mitterrand de se défendre là-dessus. C’est trop tard, ce n’est que de la littérature, il ne fait pas l’apologie du tourisme sexuel ou de la pédophilie, au contraire, il ne parle pas explicitement de gamins… A cause de ça le débat a été totalement détourné du vrai sujet, c’est le bordel, ça part dans tous les sens… Et évidemment, une fois de plus, Mitterrand inverse les rôles en se faisant passer pour la pauvre victime d’une effroyable machination. Les médias louent son courage de s’être confessé et de faire face à cette abomination. C’est un art pour lequel cet homme est absolument génial: il nous fait passer Polanski qui a plaidé coupable pour la malheureuse victime et maintenant il nous joue encore exactement le même numéro avec lui-même. Un prestidigitateur ce mec! Respect!
Tout ça pour dire que personnellement je m’en fous de son bouquin, ça n’entre pas en ligne de compte, ça ne doit pas y entrer. Les passages cités sont ambiguës et Mitterrand a raison de dire qu’il est un mauvais écrivain et qu’il ne savait pas que le terme « gosse » ou que le terme « éphèbe » pouvait faire penser à des mineurs. Il ne maitrise pas le français, le malheureux et on l’attaque là-dessus, sur ces malancontreuses petites maladresses stylistiques. Par contre, il faut aussi préciser que ça l’arrange aussi financièrement qu’on parle de son bouquin: rien de tel pour faire exploser les ventes!
Idem, mais je vais passer rapidement là-dessus, pour son soutien à deux violeurs. Bien sûr ça ne plaide pas en sa faveur mais dans le cas présent le juge décidera s’il prend en compte son témoignage de moralité ou pas. Bref ça ne m’intéresse pas.
Ce qui m’intéresse c’est son art de la prestidigitation qui me pousse carrément à l’admiration pour lui. J’ai déjà dit qu’il avait réussi par deux fois le tour de force de faire passer un coupable pour une victime mais ça va encore plus loin que ça!
Ca va plus loin car il a également réussi le prodige de transformer la lâcheté en courage. C’est ça l’argument que sortent ses défenseurs depuis quelques jours: « Mais quel courage il a cet homme… » Le courage de s’être confessé, de faire face à ses détracteurs… Mais quel courage? J’ai beau faire un intense effort de concentration je n’en vois absolument aucun. Il passe son temps à se défiler, à détourner les questions… Pour moi un mec courageux c’est un mec qui assume, or il n’assume pas ses propos. Je lui trouverais du courage s’il démissionnait, s’il reconnaissait ses erreurs mais au lieu de ça il fait exactement l’inverse.
Son passage chez Drucker montre soit qu’il n’a décidément rien compris soit qu’il n’en a vraiment rien à foutre. Il nous fait une magnifique émission, évidemment pour redorer son blason déjà bien entamé, et au lieu de faire un mea culpa… il montre qu’il est un être humain, quelqu’un de très cultivé, d’intéressant, il s’affiche aux côtés de Dujardin, l’acteur le plus populaire du moment, accepte avec « modestie » les compliments de D’Ormesson, rit aux vannes de l’humoriste la plus populaire du moment, Roumanoff, qui n’hésite habituellement pas à flinguer tous les politiques… Et évidemment elle l’a flingué, mais gentiment. J’ai eu le sentiment qu’elle était frustrée et blasée de sa prestation, d’ailleurs elle n’a pas pipé un mot après ça, elle s’est assise et n’avait pas l’air franchement épanouie. Mais peut-être que je me trompe.
Pour résumer, il s’est défendu exactement comme il a défendu Polanski: en montrant à quel point il est formidable, cultivé, plein d’amis, humain. Sauf que c’est exactement ce qu’on lui reproche, cette défense évasive! Ce n’est pas parce qu’on est cultivé, qu’on est reconnu, talentueux et qu’on a été un mignon petit enfant qu’on est innocent!
Le problème c’est que ça a l’air de marcher parce que les gens bouffent tout ça sans mâcher. C’est un prestidigitateur, un communicant extrêmement talentueux qui a réussi à se faire passer pour la courageuse victime d’une odieuse machination… Les gens ont déjà oublié que ce sont ses propos qui sont odieux et qu’il n’est que justice qu’on lui réclame des comptes et sa démission.
Tags: communication, drucker, frederic mitterrand, livre, marine lepen, mauvaise vie, polemique

Déjà ce livre est édité par L’Oie plate, comme Audace. Il fait donc partie de la petite famille issue du Calcre, devenu Cose-calcre (allez faire un tour sur leur site, ça vaut le coup d’oeil), association qui a pour but la défense des écrivains contre les (nombreux) rapaces de l’édition. C’est déjà un gage de qualité en soi.
Globalement, il traite des mêmes sujets que Publier son livre, qui est déjà excellent, mais il est encore plus complet. J’irai même jusqu’à dire que Publier son livre pourrait faire une bonne introduction à 150 questions sur l’édition. Je ne regrette pas pour autant mon précédent achat mais quitte à choisir entre les deux, c’est ce dernier qu’il faut prendre, sans hésitation.
Qu’est-ce qu’on y trouve?
- Des points de terminologie, des organismes à connaître impérativement (comme l’Agessa par exemple), des définitions précises…
- Une explication détaillée et commentée de toute la législation qui encadre le monde littéraire, en sachant qu’elle est vaste et particulièrement complexe (et souvent assez ambiguë).
- Les contrats et comment ça marche quand un éditeur accepte de nous éditer, à quoi il faut faire particulièrement attention, les mauvaises surprises, les faux contrats, la durée de vie d’un livre, les clauses écrites en tout petit et qui ont une grande importance, comment changer d’éditeur, comment se faire prendre en otage par un éditeur, ce que touche un éditeur, un diffuseur etc etc
- Les méthodes et stratégies pour éviter de perdre du temps, du pognon et de bonnes occasions et éviter aux éditeurs de perdre du temps, du pognon et de bonnes occasions, aussi.
- Ce qu’il faut absolument savoir avant de se lancer dans l’auto-édition, l’édition à compte d’auteur, l’édition de compte à demi, leurs risques, leurs pièges, leurs rares avantages, les rares cas où ils peuvent être intéressants…
- Les fiches techniques portant sur à peu près tout: comment présenter son manuscrit, la PAO, les PDF, les caractères spéciaux sur un clavier, l’ours, l’ISBN…
Tout ça est présenté de façon très simple et concrête avec de courtes fiches classées par thèmes, avec des titres suffisamment explicites et des renvois, comme sur un site Internet, pour trouver directement ce qu’on y cherche.
Inutile de m’appesantir sur la question, je pense que le message est passé, ce livre est le meilleur allié de l’auteur, avec Audace et l’Arlit pour trouver un éditeur et surtout sans se faire sodomiser.
Tags: 150 questions sur l edition, conseil aux auteurs, edition, livre, monde de l edition, oie plate, questions edition
« Différent comme tout le monde » est devenu un livre
Ma pièce de théâtre avril 15th, 2009
- Actualité
Maubeuge
« Différent comme tout le monde » est
devenu un livre
Lundi 13.04.2009, 05:04 – La Voix du Nord
Pour la sortie du livre, Achraf Echkaou, Marc Anciel -l’auteur de la pièce-, Mehdi Azzedine et Julien Longle se sont retrouvés.
| PUBLICATION |
L’an dernier, après un an de travail, « Différent comme tout le monde », pièce de théâtre civique et engagée, avait été présentée en Sambre. Aujourd’hui, le texte de Marc Anciel est édité en livre. Et l’aventure se poursuit sous d’autres formes.
L’enthousiasme communicatif d’Achraf Echkaou ne faiblit pas. À l’heure où Différent comme tout le monde, le texte de Marc Anciel, est édité par Edilivre (1), le jeune Sambrien déborde déjà d’autres projets. Du théâtre dans la région parisienne. Mais aussi un disque collectif avec son copain Mehdi Azzedine. Toujours avec le souci de combattre les préjugés, de militer pour l’égalité et l’accès de tous à la culture. Une culture pas pédante mais qui parle comme ceux auxquels elle s’adresse. C’est d’ailleurs ce qui a fondé l’écriture de la pièce montée l’an dernier. Marc Anciel, l’auteur, se souvient « avoir toujours écrit. Petit, je racontais des histoires en dessinant ». Alors quand Achraf l’a
sollicité pour imaginer un texte à partir d’une idée conçue avec Mehdi, le jeune homme n’a pas hésité : la pièce est née, histoire de deux familles que tout sépare, réunies par l’amour de deux jeunes gens. Roméo et Juliette ne sont pas loin. Mais pas seulement : l’auteur a inventé des noms, des mots, afin que chacun puisse se projeter dans l’histoire sans se soucier du contexte culturel ou géographique. L’édition sous forme de livre complète la démarche d’Achraf et de l’association Théâtre-création : « Si d’autres s’emparent de la pièce et la montent ailleurs, autrement, ce pourrait être formidable », espère
Marc Anciel. Lui, de son côté, continue d’écrire. Une autre pièce est en cours de répétition, L’Amour avec un grand @ et il prépare aussi un roman plus personnel tout en créant une compagnie de théâtre.
L’aventure se poursuit aussi pour Julien Longle, acteur amateur, qui a joué dans Différent comme tout le monde jusqu’au Maroc où la pièce a également été présentée ! « C’est un sujet de société, d’actualité et cela m’a permis de rencontrer des personnes avec lesquelles je partage ma passion mais aussi un certain esprit. »
L’aventure est loin d’être finie. • B. FR.
1.- Disponible sur le site d’Edilivre (www.edilivre.com/doc/9245) et
bientôt sur les sites Amazon et Alapage.
Tags: difference, different, Different comme tout le monde, ecriture, ecrivain, livre, piece, publication
L'Etranger, d'Albert Camus, la critique
Littérature générale février 12th, 2009
J’en avais pas lu depuis la fac de lettres. C’était l’Exil et le Royaume. J’avais pas mal aimé, mais sans plus. Par contre, en terminale, j’avais eu droit à La Chute, et là j’avais beaucoup aimé. Vraiment.
Là, autant le dire tout de suite, on est plus du côté de La Chute que de L’Exil. C’est peut-être parce que c’est également un roman. C’est même fort possible, mais j’aime bien aussi les nouvelles. Soit!
Que nous raconte Camus? Il nous raconte l’histoire d’un homme, un Pied noir, vivant en Algérie à l’époque où elle était française, et qui se retrouve condamné à mort, presque accidentellement. Presque accidentellement, parce que c’est la sensation qu’on en a en lisant ce bouquin. Le narrateur est ce Pied noir et il nous raconte avec une froideur terrifiante son histoire. C’est cette froideur qui fait de lui un étranger, et c’est cette froideur qui le condamne à mort. On ne le condamne pas parce qu’il a tué un arabe. On ne le condamne clairement pas pour ce qu’il a fait ou pas, mais pour sa froideur, incompréhensible. Cet homme est un étranger. Il est Français, jugé par un tribunal français, mais c’est un étranger. Il a bel et bien commis un meurtre, et il nous l’explique très bien dans sa narration; mais le véritable coupable n’est autre que ce satané soleil. Toute une thématique pour Camus, le soleil algérien… C’est à la fois une bénédiction et une malédiction. Une bénédiction parce qu’il est agréable de se baigner, il est agréable de voir le ciel bleu, il est agréable de voir les femmes partiellement dénudées… Une malédiction parce qu’il frappe fort et qu’il fait mal, une malédiction parce qu’il exerce une influence terrible sur les esprits, une malédiction parce que si Meursault (le narrateur) avait été jugé à 20h plutôt qu’à 17h, il aurait peut-être écopé d’une peine réduite, une malédiction parce que si le soleil n’avait pas tapé aussi fort sur son front, il n’aurait pas été aveuglé et affaibli et il n’aurait peut-être pas ouvert le feu, face à cet homme qui ne lui avait rien fait… Meursault est un étranger parce que lorsqu’il explique cela au tribunal, le public rit à gorges déployées… Comment peut-on comprendre ça? A-t-on jamais vu ce genre de chose? Un meurtre dont le responsable serait le soleil…
Evidemment, ce n’est pas le seul thème du livre. C’est aussi, peut-être même surtout, un livre sur l’existence, comme pour
La Nausée de Sartre ou Fight club de Palahniuk. L’Etranger est court et pourtant il soulève énormément de questions, existentielles donc. C’est pour ça que j’aime bien Camus. Non seulement il écrit très bien (bien mieux que Sartre), non seulement il écrit simplement sans se prendre la tête avec des tournures et un lexique compliqués, mais en plus ses textes sont d’une grande richesse, et ça je crois que c’est LA preuve d’un grand talent. Quand, avec peu de mots généralement simples, on arrive à ébranler l’absolu, à suggérer l’infini.
Ce que je lui reproche -mais peut-on vraiment lui reprocher ça?- c’est son pessimisme. Qu’est-ce que c’est chiant de s’entendre dire ainsi que la vie n’a aucun sens… D’un autre côté, c’est la vérité. Peut-être… C’est une théorie tout du moins. C’est à prendre en considération. Et puis justement ça soulève le rapport à la vérité… Merde! C’est quoi cette foutue vérité? Et pourtant, en comparaison avec La Chute, L’Etranger est très optimiste!
Mon point de vue à moi c’est qu’on s’en fout de la vérité! Les Grecs se sont créé des dieux pour pallier leurs lacunes et c’était très bien comme ça. Par la suite on a eu droit à un dieu qui ne souffrait aucune contestation. Je suis la vérité parce que c’est comme ça et si tu t’avises ne serait-ce que de penser le contraire tu vas voir comment tu vas morfler pour toute l’éternité infinie qu’elle est tellement longue que jamais je finirai ma phrase pour te montrer à quel point ça peut être long, chiant et lourd, l’éternité petit mécréant! Non mais sérieux: si un jour on la connait la vérité, c’est bien, mais d’un autre côté ça sera la fin de l’Histoire, notre vie n’aura plus, là, pour le coup, aucun sens. Soit ce dieu fortement miséricordieux mais quand même un ptit peu sadique sur les bords EST la vérité, dans ce cas là, si on n’en a la preuve formelle et irréfutable ça sera un beau merdier pendant quelques temps et après hop là tous dans le rang. Soit il n’y a rien de chez rien et dans ce cas là je te raconte pas l’envolée des actions de la Team Prozac!
Enfin vlà quoi! Moi j’aime bien Athéna, je suis pas contre Aphrodite, je suis l’ennemi de Hermès et je me méfie d’Artémis! Après chacun son truc!
Et pour conclure parce qu’il faut bien que j’aille m’effondrer à un moment ou à un autre dans mon doux lit que j’ai squatté presque toute la journée, je dirai que L’Etranger est un excellent bouquin que tout un chacun devrait lire histoire de pas mourir con et inutilement. En plus il est court et écrit gros. Pas d’images en revanche, hormis sur la couverture… Désolé!
Tags: algerie, camus, condamne a mort, critique, etranger, litterature francaise, livre
Les Bonbons chinois, la critique
Littérature générale décembre 3rd, 2008

Et nous voilà reparti pour les critiques que j’espère constructives en commençant par Les Bonbons chinois de Mian Mian. Ben oui vous pensiez pas que je me tournais les pouces pendant que j’étais privé d’Internet quand même? Certes j’ai assez peu lu comparé à mes habitudes, mais c’est assez normal:déjà je viens de déménager, ensuite j’ai « eu » un décès, j’ai repris le boulot et en plus j’ai un scénario de long métrage à écrire ainsi que d’autres projets. Est-il utile de préciser que j’ai aussi parfois besoin de m’abrutir le cerveau avec des jeux vidéos et autres séries américaines (sur lesquelles je reviendrai dans un autre article).
Alors donc! Mian Mian. Je ne connaissais pas du tout. C’est en allant sur l’un des intéressants blogs que j’ai mis dans mes amis que j’ai découvert ça. En général je marche comme ça d’ailleurs, à la recommandation. Et dans ce cas j’étais curieux. Culture chinoise=propagande rouge? Une révoltée, rebelle écorchée vive chinoise? C’est possible ça? Et oui, c’est possible.
Le principal intérêt du livre vient de là, la surprise. Je ne m’attendais pas à un tel récit émanant d’un pays aussi censuré que celui-là. Je ne savais d’ailleurs pas trop à quoi m’attendre… La Chine est un pays qu’on connait mal, parce qu’il y a la propagande coco et parce qu’il y a la propagande occidentale. Alors évidemment se retrouver confronter à un récit particulièrement humain, sans concession, sans angélisme et surtout… totalement sex, drug and rock n’roll… ça déstabilise un peu ça.
Les Bonbons chinois ça n’a absolument aucun rapport avec les ******ries qu’ils ont l’habitude de nous refourguer (et qu’ils consomment eux-même également d’ailleurs) pour nous empoisonner et nous piquer notre boulot ainsi que notre pognon (ce qui est de bonne guerre, somme toute). C’est tout simplement une parodie (dans le sens originel du terme, une « copie » quoi) de… Trainspotting! Mêmes thèmes, mêmes univers, mêmes sortes de personnages… en bruns. Et encore, je soupçonne fort les punks chinois de se teindre les cheveux. Oui, oui, il y a des punks en Chine, il y a aussi des camés et des putes et des groupes de rock, et toute une génération admirative de notre révolte et de notre dépravation bien occidentale.
A la lecture de ce bouquin on dirait que notre culture underground est le pire missile qu’on aie pu balancer à la gueule de la Chine… A tous ceux qui semblent penser qu’écrire, peindre, sculpter et lire aussi ne sert à rien, je vous conseille fortement de lire ça avant de dire ce genre de conneries. Parce que là c’est frappant: il existe en Chine une jeunesse qui résiste à la propagande et qui rêve de nous ressembler. D’ici à ce que ce rêve ne se transforme en révolte organisée et victorieuse, il n’y a qu’un pas. La guitare électrique plus forte que tout, que les frontières, que les bourrages de crâne, que les cultures séculaires voire même quadri millénaires… J’ad-ore! Pour moi, ça suffit largement à conseiller ce bouquin.
Evidemment, comme je suis une vraie ******rie qui trouve toujours quelque chose à redire, il y a quand même quelques défauts. Niveau écriture, c’est pas Welsh non plus, nettement moins riche et flamboyant. Le style reste assez pauvre, l’énergie… pas assez énergique. Faute à la langue et à la tradution peut-être. Forcément je ne peux pas me prononcer sur le sujet, mais c’est quand même assez embêtant.
Autre défaut: le récit en lui-même, autobiographique, est assez répétitif et s’embourbe assez souvent dans des considérations qui ne méritaient peut-être pas autant de pages. Son histoire d’amour avec Saining est certes intéressante, elle est de toute façon centrale dans sa vie mais au bout d’un moment ça fait un peu Feu de l’Amour, et moi perso ça me donne envie de zapper rien que d’entendre le nom… Enfin, entre deux, il y a la drogue, le sexe et la musique qui sont là pour consoler, unir et déchirer tout le monde dans la dépravation, et ça rajoute assez de piment dans la soupe, heureusement…
Au final, un bon bouquin que je conseille fortement même s’il n’atteint toujours pas le niveau de Trainspotting et de Porno, décidément indétrônables dans mon coeur, tout en traitant les mêmes sujets.
La Recluse d'Odette Laplaze-Estorgues, la critique
Littérature générale septembre 25th, 2008
Bon. Ben ça c’est fait. J’ai enfin terminé ce livre pourtant court. C’était une question d’honneur.
Ce livre m’a été prêté par des amis et Odette Laplaze-Estorgues est une de leurs amis. Ils m’avaient prévenu: « c’est vraiment très bien écrit, elle emploie beaucoup de mots que je ne connaissais pas et donc c’est difficile à lire. » Mais surtout « C’est vraiment très très noir comme bouquin… » Je ne peux que confirmer…
Donc pour commencer, ce livre ne s’adresse pas au commun des mortels. Autant j’essaie d’écrire des textes accessibles à tout le monde, de créer des ponts entre élite intellectuelle et petit peuple, d’ouvrir le champ de la littérature à tout le monde, autant ce livre est élitiste et… franchement rebutant voire écoeurant pour quelqu’un qui ne dispose pas d’un lexique étendu. Si vous n’êtes pas un littéraire, si vous voulez vous mettre à la lecture, ne commencez surtout pas avec La Recluse!
Ce genre de bouquin a sa place dans le monde littéraire. Il en faut pour tout le monde, y compris pour les élites. Ca permet d’accroitre son niveau de langue, une fois qu’on a passé le stade de l’initiation. Seulement c’est pas spécialement ma tasse de thé. Je suis trop tourné vers le prolo pour ça. Là ça pue le prof de français à plein nez. Peut-on critiquer un amour de la langue tel que celui ci? Non.
Ca c’était pour la forme. En ce qui concerne le sujet, « noir », ça ne me semble pas très juste. Ce livre n’est pas « noir », il est franchement glauque et même extrêmement malsain. Odette nous raconte l’histoire de la recluse, une fille qui a couché avec un allemand et qui a donc été tondue et humiliée à la libération. Il en résulte qu’elle en éprouve un profond dégoût de la société et décide, aidée par ses parents, de s’enfermer dans sa chambre et dans le mutisme. Elle est une honte, alors on la cache. Le temps passe, les parents crèvent l’un après l’autre, puis l’un des deux frères… 40 années de réclusion, de phobie sociale, de démence, de survie…
Forcément, fatalement, on commence par se faire c***r terrible. Ben oui, déjà, il faut se faire au style, au lexique tout ça, mais en plus, l’histoire d’une fille qui se retrouve enfermée et qui parle pas… Génial… Les tondues de la libération, en ce qui me concerne, je connaissais déjà, et plutôt bien. Alors me faire un cours là-dessus et me démontrer les effets dévastateurs de la chose, c’était pas franchement nécessaire. En parallèle, on a l’histoire d’une nunuche qui part sur les traces d’Estelle Boulay, la recluse de montaignant, et qui s’identifie à elle, avec forces états d’âmes… Alors oui, on se fait c***r pendant la première moitié du bouquin, qui, heureusement, fait moins de 300 pages.
Et puis l’auteur a du s’en rendre compte en écrivant. Alors d’un coup, d’un seul, ça part dans le racolage actif. Le petit frère se barre pour ses études à Clermont-ferrand et là-bas il découvre le sexe entre les mains expertes d’une p**e immonde. Et à partir de là, ça part dans le super glauque, l’inceste, le trash, l’écoeurant, jusqu’à la scatophilie… et toujours l’identification du narrateur à son personnage. Berk berk berk!
Ca me rappelle la couverture de La Bible des sales blagues, livre un, où on peut voir un peintre devant sa toile représentant un étron fumant et bien enroulé, et derrière lui une critique bourgeoise disant « c’est vraiment de la merde ».
Le sentiment pendant et au sortir de ce bouquin, c’est que je me sens trop con. Ce bouquin est tellement bien écrit que je me dis que quelque chose doit m’échapper, qu’il est issu d’une élite dont je ne fais pas partie; trop complexe pour moi quoi. Ou alors ce bouquin est simplement mauvais, de mauvais goût et mal tourné. Ou alors le but était simplement de foutre le lecteur mal à l’aise. Dans tous les cas, hormis pour le niveau de langue, je n’ai rien tiré de positif de cette lecture. Je reste sceptique. Je cherche, réfléchis, m’interroge mais sans jamais avancer, sans réponse, sans début de réponse.
Peut-être que certains d’entre vous liront ce bouquin et que vous me direz que je suis totalement passé à côté, je le souhaite en tous cas.
Mais je ne sais pas si je dois le conseiller ou le bannir définitivement…
Sinon désolé pour le manque d’activité sur ce blog mais je déménage samedi donc forcément beaucoup de choses en tête et à faire. Et évidemment à partir de samedi il me faudra un certain temps avant de récupérer Internet. D’ici là je vais essayer de vous mettre un sommaire pour le blog avec des liens directs pour vous balader d’un article à l’autre tranquillement. Le tout est que je trouve le temps de faire ça…
Tags: critique, humiliation, la recluse, liberation, livre, odette laplaze estorgues, recluse, reclusion, tondues
Gonzo Highway, de Hunter S Thompson, la critique
Littérature générale septembre 6th, 2008

Cela faisait un paquet de temps que je n’avais pas pondu une critique de bouquin, et pour cause: je lisais Gonzo Highway, qui est un délectable pavé. En plus de ça, j’ai toujours ma nouvelle pièce de théâtre à terminer, un scénario et je me suis abonné à Marianne, qui est un copieux hebdomadaire. J’ai donc pris mon temps pour savourer ce bouquin, et je n’en ai aucun regret.
Quand je l’ai acheté, sur Internet, je ne savais pas vraiment ce que c’était. J’avais vu le film « Las Vegas Parano » et adoré, donc j’avais lu « Las Vegas Parano » et adoré, ça m’a semblé une phase de test convainquante autour du nom de Thompson pour acheter à l’aveugle ce bouquin post mortem; d’ailleurs on pourrait facilement l’assimiler à une autopsie.
Et je ne suis déçu que d’une seule chose, après avoir terminé ce bouquin, c’est que cet enfoiré soit mort.
J’ai pourtant été surpris en l’ouvrant pour la première fois. Je m’attendais à un roman qui clôturerait ma grande série des fous furieux provocateurs anglophones, hé bien que dalle! Ce livre est en fait une compilation de la correspondance de Thompson de 1955 à 1975. Mais j’ai vite compris que ça ne faisait pas une grande différence parce que Thompson est un véritable personnage, un improbable personnage qui ne cesse de confondre réalité et fiction, peut-être à cause d’un excès de drogue, à moins que ce ne soit l’inverse. Et c’est d’ailleurs ça, le gonzo (avant que ça ne devienne un « genre cinématographique porno, dont je ne parlerai pas ici…), le nouveau journalisme inventé et porté par Thompson, un journalisme entre fiction et réalité, un journalisme subjectif, et une littérature qui en est aussi, forcément, contaminée. On découvre ainsi que Las Vegas Parano est une fiction réelle. Gné? Une quoi? Tu te fous de moi là? Là aussi je m’explique: aussi invraisemblable que puisse paraitre cette histoire de dingue, il y a une forte part de réalité. Oui Thompson se fait passer pour Duke. Oui il a vraiment été assister au Mint 4000, la course de motos. Oui il a vraiment assisté à la conférence sur les drogues. Oui il était accompagné de son ami avocat. Oui Las Vegas ressemblait vraiment à ça. Non il n’était pas défoncé du début à la fin, mais il connait bien toutes les drogues dont il parle et s’il ne les a pas consommé là-bas, il les a consommé ailleurs. Cela rend son roman à moitié vrai et pour l’autre moitié très crédible.
[Après cette courte interruption, je reprends mon article. Pour info, ceux qui ont un peu suivi mes articles savent que j'ai une luxation/fêlure de la mâchoire et contre la douleur, la stomato m'avait donné du Tetrazepam. J'ai terminé la boite et donc maintenant je dois faire ça à ce qu'on appelle le "sevrage". Ben oui ce médoc est plutôt violent, provoque une dépendance et quand on arrête "brutalement"... Bah on s'en prend plein la tronche! Je m'y attendais pas, surtout de la part d'un "médicament", censé soigner et pas rendre malade, mais soit! Passons!]
On découvre donc à travers ce bouquin la réalité du personnage Thompson. Et c’est pas triste!!! Mais ça c’est le plus divertissant, ce qui est, à mon sens, le plus intéressant dans ce bouquin, c’est l’Amérique qui y est dépeinte, l’Amérique qui a généré un personnage comme lui, qui a généré les Hell’s Angels, qui a généré les Hippies…
L’anti-américanisme est une connerie, au même titre que l’antisémitisme ou le racisme. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac. Il y a Georges Bush et Michaël Moore. Evidemment, la plupart du temps on dit « les américains » par raccourci, pour désigner Bush et ceux qui le soutiennent, tout en faisant, intérieurement, la nuance. Moi aussi ça doit m’arriver, mais il faut faire attention. Et là, dans ce bouquin, on voit justement une Amérique qui n’est absolument pas monolithique. La lecture de ce livre par un français relativement vierge de culture américaine est aussi intéressante. Tout au long du livre je n’ai pas arrêté de me dire « Nom de Dieu! Mais il ne se fait jamais attaqué en justice ce mec???? » et à la fin on nous explique tout de même que si, et régulièrement encore. Et on respire…
Parce que Thompson écrit à tout le monde, vraiment tout le monde! Ca passe des hommes politiques (Carter, Nixon, des sénateurs, gouverneurs, conseillers…) à son dentiste, en passant par ses amis et ses employeurs. Cela permet de découvrir un peu tout le monde et… le rapport que Thompson entretient avec chacun d’eux. Et ce rapport est généralement un rapport de force. Thompson est vulgaire (bien plus que moi, c’est dire…), agressif, parano… Mais il s’en justifie auprès d’une vieille dame qui se dit choquée par son style:
« Vous avez vécu assez longtemps pour savoir que les mots ne sont que des outils pour celui qui écrit, et quand j’écris sur Richard Nixon, j’utilise tous les outils à ma disposition pour que les gens comme vous se demandent pourquoi il a bénéficié d’un raz de marée électoral en 1972. Mon idée première, chaque fois que je m’apprête à écrire, est d’obtenir l’attention de gens comme vous, de faire en sorte que vous réfléchissiez – et la lettre que vous avez envoyé à Obey pour suspendre votre abonnement me fait dire qu’avec vous, j’ai réussi mon coup.
Si vous lisez l’article joint (’The Scum Also Rises’) avec un tant soi peu d’esprit, vous constaterez que ce que vous prenez pour de la ‘vulgarité’ n’est qu’un accessoire pour vous amener à tendre l’oreille… »
Je rajouterai également, pour couper l’herbe sous le pied de ceux qui me jugeraient vulgaire, que le terme vulgaire est issu du latin « vulgus » qui signifait « le peuple », le « petit peuple ». Je suis issu et j’appartiens toujours à ce petit peuple, et je le revendique parce que je l’aime ce petit peuple. J’ai bossé 9 mois dans un centre social, j’ai été au contact en permanence d’un peuple encore plus « petit » que le mien, et j’espère bien ressigné d’ici peu, parce que j’y ai pris beaucoup de plaisir (pas toujours certes mais c’est tout de même agréable pour le peu qu’on ne soit pas « précieux » et qu’on soit un minimum altruiste. Mon objectif est d’être lu par ce petit peuple, comme vous le voyez je connais le latin (un peu), j’ai fait des études littéraires et je pourrais utiliser un langage châtié, mais mon objectif n’est pas de rentrer à l’Académie française, mon objectif est de rester proche de mes racines et si possible de les élever grâce à ce langage hybride. Un texte tellement français qu’il en est incompréhensible a le droit d’exister, mais moi je préfère créer des ponts virtuels, un peu comme les arc-en-ciel (hé oui ça vient de là, entre autres…) pour tenter de relier élites et petit peuple. Si un jour j’abandonne ce langage, ce sera que j’aurai renié mes racines. Tous ces arguments en plus de ceux de Thompson, bien évidemment.

Voilà donc pour l’intérêt: la découverte du Gonzo (je me demande si le magazine Marianne n’est pas un descendant direct de ce style d’ailleurs), la découverte d’un personnage emblêmatique des Etats-Unis et la découverte des Etats-Unis durant une longue période à travers le regard aiguisé de ce type souvent qualifié de génie.
Personnellement, je ne sais pas si Thompson était génial. En tant qu’écrivain il était très bon, mais n’a pas énormément écrit de romans et a tout de même essuyé pas mal d’échecs. Sa correspondance est terrible, Las Vegas Parano délectable mais de là à en faire un génie… Niveau invention, il n’est pas bon. La preuve c’est qu’il n’invente jamais, il déforme mais n’écrit jamais de fiction. C’était un personnage qui écrivait son histoire. En ce sens on peut trouver la démarche intéressante mais je ne suis pas sûr qu’elle ait été mûrement réfléchie. Thompson est une curiosité littéraire.
Au delà de ça, Thompson reste malgré tout humain, avec ses qualités et ses défauts. Il est agressif et contre la guerre du Vietnam. Drogué, alcoolique et membre de la NRA (le lobby qui soutient que chaque citoyen américain devrait avoir au moins une arme). C’est un provocateur qui cultive les ambiguités et qui a fini… par se tirer une balle dans la tête! Ses vices ont fini par l’achever, à un âge pourtant respectable. En le lisant, j’aurais juré qu’il n’aurait jamais passé le cap de la cinquantaine. Hé bien si!
Moi qui adore les marginaux, les provocateurs et les écrivains prolos, j’ai été servi!

On pourrait facilement écrire une thèse sur ce bouquin et sur ce personnage. D’ailleurs le livre est agrémenté de commentaires qu’il ne faut surtout pas sauter si on ne veut pas passer totalement à côté du bouquin. Des gens qui l’ont cotoyé donnent leurs avis et leurs pistes de lecture. Moi je pense que je vais m’arrêter là en vous conseillant farouchement ce bouquin histoire de ne pas mourir idiot. Il est jouissif et instructif pour le peu qu’on s’intéresse aux Etats-Unis et aux marginaux, et qu’on supporte l’omniprésente vulgarité bien sûr:
« Mon cher Tom,
Espèce d’ordure. Je viens juste de recevoir ta lettre du 25 février envoyée du grand hôtel à Rome, sale porcif! Alors ******, comme ça tu fais le mariole… »
Une page prise au hasard, juste à titre d’exemple…

A suivre niveau littéraire: La Recluse d’Odette Laplaze-Estorgues. Pas du tout le même style: l’histoire aussi badante que possible d’une fille soupçonnée d’avoir couché avec un allemand et donc tondue foutue à poil humiliée à la libération, tout ça dans un langage totalement contraire à celui de Thompson, quelqu’un qui veut rentrer à l’Académie, quoi…
Ensuite un peu plus Rock’n roll, je me suis commandé Les Bonbons chinois de Mian Mian et deux autres bouquins de Welsh, mon chouchou: Une Ordure et Recettes intimes de grands chefs.
Tags: correspondance, critique, etats unis, freaks, gonzo highway, hunter s thompson, las vegas parano, livre
Acide sulfurique d'Amélie Nothomb
Littérature générale juillet 1st, 2008

Dans la série Amélie Nothomb voilà le ptit dernier. Pas le dernier sorti, le dernier dans ma collection.
Je dois dire que je suis un peu déçu. Bien sûr il y a toujours le style, la peinture des moeurs, le cynisme tout ça… Mais après Antechrista je le trouve un peu fade.
L’histoire se déroule dans le futur. La télé réalité fait des ravages et le dernier concept s’appelle « Concentration ». Il s’agit tout simplement de prendre des gens au hasard dans la rue et de les enfermer dans un camp de concentration nazi, avec des gardes castés, payés et incapables de casser leur contrat sans rejoindre les prisonniers. Tous les jours deux personnes meurent, un peu comme à la star ac; les prisonniers sont torturés, insultés, humiliés, forcés à effectuer des travaux pénibles le ventre vide… et tout ça devant des dizaines de caméras qui diffusent les images pour les millions de gens qui se délectent ou s’offensent du spectacle, mais qui regardent, dans tous les cas.
Dans ce camp il y a une héroïne. C’est la seule prisonnière à conserver sa noblesse et sa dignité malgré les efforts acharnés des bourreaux. Jamais elle ne plie, quelles qu’en soient les conséquences… Et il y a aussi une anti-héroïne, qui va finir par l’admirer, et même par l’aimer, à force d’échecs…
Tout un roman, qui se lit en deux jours, sur les notions de Bien, de Mal, de grandeur, de bassesse, de rapports de force… Une critique de la téléréalité mais… d’un autre côté elle ne fait que pousser à l’extrême le phénomène en s’en servant elle-même et je ne suis pas sûr que ses fins soient plus artistiques que mercantiles.
Bref, je lui préfère nettement Antechrista et Métaphysique des tubes, mais toujours sympathiques quand même. ![]()
Tags: acide sulfurique, amelie nothomb, bof, bon style, critique, livre, pas terrible, sans plus, tele realite
Las Vegas Parano de Hunter S. Thompson
Littérature générale juillet 1st, 2008
Alors voilà: période troublée de mon existence littéraire, je me mets à lire des bouquins de drogués et d’alcoolique. Et maintenant je dois me dé*****r pour faire une critique…
Que dire sur un OVNI pareil? Qu’il a été écrit au début des années 70’s par un américain au moment de la guerre du Vietnam, alors que les troupes américaines profitaient de l’enfer pour importer de l’héroïne au pays? Que c’est une histoire aussi vraie que possible? Que l’auteur est l’inventeur du style « Gonzo » (ne pas confondre avec le courant pornographique actuel (pour ceux qui l’ignorent: pas de scénario de toute façon inutile et ridicule dans les films pornos, on filme juste des « performances » (pffff petits joueurs
), le « Gonzo » de l’époque c’est une forme de journalisme où le reporter écrit à la première personne son vécu, avec sa subjectivité donc, enfin un truc comme ça quoi)? Dire que ce livre a été magistralement adapté au cinéma avec un Johnny Depp au mieux de sa forme et un Benicio Del Toro méconnaissable? Ouais on peut commencer par là.
Mais ça ne suffit pas.
L’histoire c’est celle de l’auteur, journaliste et romancier de son (sale) état de drogué, qui est envoyé à Las Vegas pour couvrir une course automobile importante par son canard, tous frais payés. Dès le départ, il part dans un trip, un délire, il va là-bas pour y chercher le « rêve américain »… Hé oui, Las Vegas, la ville des rêves, des vices, de l’argent, de la réussite et de l’échec. Donc il part dans un bolide loué aux frais du journal avec son accolyte qui est surtout son avocat (même si on en doute du début à la fin) et surtout avec une malette bourrée des pires drogues existantes, hormis l’héroïne, justement. Et ils en consomment du début à la fin!!!! Sur la route ils se font attaquer par des chauve souris fantôme, en arrivant ils transforment tout le monde en lézard tout en marchant sur une moquette sanglante… Bref on est dans le cerveau malade d’un drogué qui lutte contre la parano tout en commettant les pires crimes et absurdités dans un univers rempli de flics zélés à mort. Et ça passe, toujours, grâce à des mensonges énormes mais couillus proférés avec applomb. C’est la chronique lucide d’un type totalement barge qui annihile sa lucidité à longueur de journée, des journées qui peuvent durer 72 heures grâce aux amphètes… Halluciné et hallucinant.
Bref un livre à lire pour pas mourir *** et pour s’éviter d’avoir à consommer toutes ces drogues pour savoir quels effets elles peuvent avoir. CELA DIT ET EXCEPTIONNELLEMENT je conseillerai quand même de voir le film en priorité, qui est plus parlant parce que le sujet est très sensitif et que les images sont parfois plus parlantes que les mots. Les acteurs sont en pleine forme et inspirés et le réalisateur est génial.
Tags: delire, delires, drogues, gonzo, hunter s thompson, las vegas parano, livre, psychedelique, tres bon livre
Porno d'Irvine Welsh
Littérature générale juin 24th, 2008

Et voilà. J’ai enfin terminé ma lecture de Porno d’Irvine Welsh, la suite du célèbre Trainspotting. « Enfin » pourrait faire croire que c’est un soulagement de l’avoir terminé. Il n’en est rien. Il est des oeuvres qui pourraient être infinies que ça ne dérangerait pas, et c’est le cas. Non, « enfin » parce que je peux en faire la critique, « enfin » parce que je suis heureux de l’avoir lu, d’avoir ce livre dans ma mémoire. Je vais pouvoir me la péter et dire « Moi, j’ai lu Porno ».
A vrai dire, à la base, j’appréhendais grandement ce moment. J’ai du acheter ce bouquin à sa sortie en France (très tardive mais merci le Diable Vauvert) au prix fort donc, alors que d’habitude je me contente largement du format poche. Mais là non. Faut pas déconner.
Tout lecteur chevronné et attentif aura compris que je voue un culte à Trainspotting, allant jusqu’à tenir tête à mon impulsif de directeur qui ne supporte pas la contradiction pour défendre cette oeuvre magistrale. Parce que pour lui ce n’est que du trash, du mauvais exemple, sexe, drogue et rock’n roll. Grave erreur culturo-intellectuelle!!! Oui Trainspotting c’est du trash, sexe, drogue et rock’n roll, mais c’est bien plus que ça! Mais ayant déjà décrit Trainspotting, je ne vais pas ENCORE revenir là-dessus.
Parlons plutôt de Porno. Grande appréhension de ma part donc, parce que j’ai horreur des suites. Entendons-nous bien: lorsque la suite est prévue dès le départ, avant l’écriture du premier tome, genre Seigneur des anneaux ou Star wars, ça ne me pose pas de problème. Ce n’est même pas une « suite », juste un autre bout d’une oeuvre complète, qui se suffit à elle-même dans son intégralité. Non ce que j’appelle « suite » c’est Scream 2 et 3 par exemple. C’est un auteur suffisamment *** ou vénal pour céder à la demande d’un public iconoclaste et ainsi foutre en l’air son oeuvre en y collant des morceaux avec des bouts de scotch qui se voient comme les ficelles sur la gueule de Frankenstein. Et malheureusement Trainspotting se suffisait à lui-même, et donc ça puait le bout de scotch et l’exhumaison de cadavre…
Mais malgré tout, après avoir lu Extasy, du même auteur, j’ai décidé de faire confiance à Welsh. Après tout, un ancien punk ne pouvait pas se laisser baiser par cette logique consumériste et capitaliste, c’était impensable… Et j’ai eu raison. Et vous savez quoi? Non seulement il ne s’est pas fait baiser, mais en plus il en joue puisque cette logique consumériste inhérente au capitalisme est le thème principal de ce livre… D’emblée, on a droit à un jeu de miroir entre le personnage principal et l’auteur… Rien que ça!
Et effectivement je comprends tout à fait que si on s’arrête au premier degré, on ne trouve qu’un débalage de trash et de provoc. Mais quand même! On doit bien sentir qu’on passe à côté de quelque chose, même le moins littéraire d’entre nous doit forcément se douter de quelque chose! Juste au cas où ma philanthropie passagère serait un tantinet exagérée, je vais quand même expliquer clairement les choses.
Déjà dans Trainspotting il faut bien comprendre que les personnages ne représentent pas qu’eux-même. Ils sont écossais, et ce sont non seulement LES écossais, mais surtout l’Ecosse elle-même. Revoyez ou repensez au film: la plupart du temps, ça se passe en Ecosse, à Leith, district d’Edimbourg. Un coin pourri, avec les pires chiottes d’Ecosse, des losers, des alcooliques, de la *****, des seringues partout, l’enfer. Et puis, Renton se barre en Angleterre… Et là on a droit à un plan sur musique plus du tout punk et désespérée mais plutôt dance avec de véritables cartes postales. L’Ecosse c’est crade. L’Angleterre c’est booooooooo. Il y a ainsi confrontation entre le chauvinisme genre « Je suis écossais ****** et j’en suis fier!! » et « ****** j’ai qu’une envie c’est de quitter ce trou à rat!!! » Et toute l’oeuvre tourne autour de ça, de cette dualité, de cette bande de losers, paumés, affreux, sales et méchants qui sont prêts à tout pour sortir de leur condition de *****. A la base, ça passe par l’héro. Un bon fix et on quitte toute cette crasse pour venir se loger direct au septième ciel ( »Putain c’est encore meilleur que de s’en prendre une dans le cul… »), et puis au final, ça passe par renoncer au chauvinisme, à soi-même, et surtout, à l’amitié. Renton s’en sort. Il est le seul. Et il s’en sort en sodomisant à sec et avec du verre pilé tous ses « potes ».

Et dans Porno? Ben c’est pareil. L’Ecosse et Leith ont évolué. L’Angleterre a évolué. Welsh a évolué. Chaque personnage a donc évolué. Le livre lui-même a suivi toute cette évolution. Il est nettement plus simple de suivre, parce que dans Trainspotting, il faut un certain temps pour différencier chaque narrateur et ça donne un beau mais agréable bordel. Là non. Les titres des chapitres sont déjà suffisamment explicites pour qu’on comprenne. On perd en cacophonie mais on gagne en confort. C’est justifié parce que justement l’histoire ne part pas du même bordel. Les personnages se sont tous séparés. Ce n’est plus l’histoire d’une bande, mais l’histoire de plusieurs jeunes qui vont reformer une bande… qui n’aura plus rien à voir avec l’ancienne.
On retrouve donc avec bonheur Sick boy, qui prend la place de Renton en personnage principal, à Londres en train d’essayer de se sortir de son rang de loser de Leith, par toutes les malversations possibles. Il ne supporte plus qu’on l’appelle Sick boy, justement parce qu’il veut acquérir une identité sociale, une reconnaissance aussi éloignée que possible de ce qu’il a pu être. Echec: il est contraint de retourner à Leith et de supporter qu’on l’appelle toujours Sick boy, et il ne comprendra vraiment à la fin qu’il n’a jamais été que Sick boy et qu’il le restera toute sa vie…
L’histoire nait de sa rencontre avec Nikki, jeune étudiante anglaise à Edimbourg, obsédée par son apparence, terrifiée par le temps qui passe. Elle ne souhaite qu’une chose dans sa vie: figer son apparence actuelle, hautement désirable, sur une pellicule et pour ça elle est prête à tout (sauf à la sodomie…). Le porno, l’homo consamatus; tout un symbole, tout un symptome. Le corps est un objet, et comme tout objet il est vendable, monnayable, et pour ça il faut passer par le marketing, c’est à dire retoucher ce qui ne va pas, maquiller, habiller, déshabiller; bref: se vendre. Et évidemment, avec un Simon David Williamson, alias Sick boy, elle ne pouvait pas mieux tomber. Exploiter, manipuler, vendre l’autre, c’est toute sa vie. Sauf que Sick boy reste et restera Sick boy, un pauvre type qui soigne les apparences, se fait passer sempiternellement pour un winner, pète plus haut que son cul et… qui finit toujours par se faire baiser.
On retrouve également Franco, Francis, François, Beggar boy, Begbie. D’abord en zonze, sauf qu’ils ne pouvaient pas le garder éternellement, alors il sort… et ne rêve que d’une chose: buter cet enculé de Renton qui lui a piqué tout son fric!!!!!!! Begbie n’a pas changer d’un poil. C’est toujours un psychopathe ultra violent et d’une connerie incroyable. Un pur sadique.
Spud est fidèle à lui-même: toujours junkie, toujours simplet… Aucune évolution. Lui aussi essaie de se sortir de sa condition. Il essaie vraiment, d’une manière inatendue d’ailleurs. On pourrait croire que c’est le gentil du groupe, mais ce n’est que partiellement vrai. Parce que comme il le dit lui-même: c’est un méchant passif. Il laisse faire ou participe carrément, en disant genre euh c’est pas cool ça mec, tu vois, genre? Mais ça n’empêche qu’il participe ou cautionne, le ptit salaud! Pire, il arrive même à tendre des embuscades!!!!! Finalement c’est peut-être lui le plus vicieux de tous ces personnages.
On retrouve aussi Dianne, qui n’a toujours pas une grande importance dans l’histoire mais dont la présence est tout de même sympathique.
Et puis finalement… Mark Renton qu’on découvre loin de tout ça, mais évidemment ça ne peut pas être éternel. Il s’en est sorti et il se retrouve plongé malgré lui dans les embrouilles de Leith, avec son « pote » Sick boy.
Tout ça nous donne une histoire qui tient la route, avec des personnages plus que crédibles et des répliques cultes, dans une satire sociale et politique poignante et entêtante. Le nombre de fois où j’ai pu rire (et c’est rare en lisant un bouquin) et m’esclaffer « ha le bataaaaaaaaaaard!!!!!! » en lisant ce chef d’oeuvre… Parce que oui monsieur oui madame J’OSE! J’ose dire qu’un bouquin qui me fait rire, qui me fait trembler, qui me fait monter les larmes aux yeux et qui me fait profondément réfléchir sur des sujets passionnants EST un chef d’oeuvre indiscutable. Le style (et la traduction, spéciale dédicace à Laura Dorajinski qui nous a réussi un véritable tour de force) est impeccable. En cherchant bien on pourra toujours trouver quelques défauts mais ils sont clairement noyés dans l’impression globale et le plaisir qui résulte de la lecture.
« C’est naïf de s’attendre à ce que la drogue soit éliminée des lois modernes du capitalisme consumériste. Surtout quand, en tant que produit, elle contribue à le définir. »
« Il appartient vraiment à une forme d’humanité rendue obsolète par le nouvel ordre des choses, mais c’est toujours un être humain. Les clopes, l’alcool, la coke, le speed, la pauvreté et les manipulations des médias: les armes du capitalisme sont bien plus subtiles et efficaces que celles du nazisme, et il est sans ressource devant elles. »
Juste deux petites citations histoire de prouver que je dis pas de conneries: c’est vraiment un bouquin qui fait réfléchir dans le bon sens. Et donc, pour conclure:
Merci mister Welsh!!!

Tags: critique, ecosse, edimbourg, genial, irvine welsh, livre, meilleur livre, porno, suite trainspotting, Welsh


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