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C’est incroyable le nombre de gens qui sont anarchistes… sans le savoir. A commencer par moi. La première leçon qu’on doit retenir de ce livre, c’est ça. On y apprend d’emblée que le pouvoir en place ne cesse de faire campagne, avec un énorme succès, pour que le peuple associe le mot « anarchie » au mot « chaos ». Et c’est vrai! Avant de lire ce livre je considérais l’anarchie comme une phase de transition difficile, chaotique voire souvent sanglante entre deux régimes. J’associais l’anarchie avec le punk, violent, alcoolique, drogué. J’associais l’anarchie avec une certaine forme de terrorisme, j’associais l’anarchie à la fainéantise. En bref, pour moi, être anarchiste supposait être terriblement con ou traumatisé.

Et puis je me suis intéressé à Noam Chomsky, et puis à Normand Baillargeon. Et j’ai été clairement interloqué. Plus je lisais, plus je m’intéressais à ces deux personnes et plus il m’apparaissait évident qu’ils étaient à des années lumières de tous ces clichés. Le Petit Cours d’autodéfense intellectuelle de Baillargeon, par exemple, démontre clairement que ce dernier est quelqu’un d’intelligent, de rationnel et forcément qui ne se laisse pas abuser. Donc quelque chose ne cadrait pas. J’étais manifestement dans l’erreur quelque part, et je devais savoir où.

C’est dans cette optique que je me suis acheté ce livre, et je ne suis pas déçu du voyage.

Que peut-on en retenir?

D’abord, comme je l’ai dit, qu’il ne faut pas se fier aux médias (ça je le savais depuis un moment) ni même aux dictionnaires… Hé oui, cette référence absolue qu’est le dictionnaire est contaminée par les clichés véhiculés par le pouvoir. Ce n’est probablement pas une volonté délibérée, c’est juste que pour le commun des mortels anarchie=chaos. C’est passé dans le langage courant et on a tous utilisé ce terme pour désigner un bordel, sans avoir conscience de l’erreur qu’on commettait. Hé oui car il est chargé, malgré lui, très, très négativement ce mot. Il est tellement chargé que les anarchistes d’aujourd’hui préfèrent utiliser le terme « libertaire » pour se désigner.

La conséquence de ça c’est qu’aujourd’hui, comme je l’ai dit au tout début, beaucoup de gens ignorent qu’ils sont anarchistes parce qu’ils ignorent ce que signifie réellement ce mot et qu’ils n’ont aucune envie de se coller une étiquette pareille. C’est un très joli coup de la part du pouvoir puisque cette ignorance nous empêche de nous rassembler, d’en discuter, de mener des actions conjointes. Mais ça ne va pas durer. Nous vivons une époque très particulière, une époque charnière dans laquelle je vois, tous les jours, des signes encourageants. D’un côté on a une perte de confiance manifeste envers le pouvoir qui a tout de même trouvé la parade en brandissant le fléau du Front National… Si vous ne votez pas, bande d’anarchistes!, vous allez vous retrouver avec Lepen comme président! C’est ça que vous voulez hein? Bah en même temps pourquoi pas? Ca nous donnerait une excellente excuse pour renverser un pouvoir devenu illégitime et immoral. M’enfin je préférerais largement que cela se passe autrement: beaucoup trop de sang versé dans cette perspective et j’aime pas trop ça, moi, le sang. Dans les signes encourageants, on peut aussi noter le courant alter-mondialiste qui prend de plus en plus d’ampleur, la nécessité écologique qui suppose de stopper net la « logique » de surconsommation et puis, plus largement, les innombrables contradictions et paradoxes que je ne cesse de montrer du doigt sur ce blog, les semblants de démocraties incarnés par le PS ici en France qui parle toujours de la beauté de la démocratie et qui élit son premier secrétaire en trichant en sachant que la gagnante a simplement mieux tricher que la seconde, qui du coup voulait refaire l’élection pour mieux tricher ce coup-ci ou par le traité de Lisbonne, magnifique celui-là: on nous le propose une première fois, on dit « non merci », on nous le repropose en version abrégée (mais c’est exactement le même avec juste moins de baratin), on est bien obligés de l’accepter vu qu’on nous a pas donné le choix, les irlandais le refusent, on attend un peu et on leur repropose, sous-entendant ainsi qu’ils avaient mal voté et qu’ils sont sans doute moins cons aujourd’hui qu’hier… La démocratie est un leurre et on s’en rend de plus en plus compte, on ne peut que s’en rendre compte…

L’anarchie apparait donc comme une alternative à ce capitalisme que même les plus convaincus ont bien du mal à défendre et à un pouvoir qui, finalement, revient toujours aux mêmes. Une alternative nettement plus convaincante que les autres: le totalitarisme, personne n’en veut plus et c’est pas dommage et le communisme ça n’a jamais été qu’une dictature dont on ne veut plus non plus.

Restent néanmoins des questions que je me posais d’emblée: comment un non-état pourrait-il survivre sans pouvoir? La réponse est donnée clairement dans ce livre: il ne le peut pas! L’anarchie n’est pas contre TOUS les pouvoirs, ce serait absurde, mais l’anarchie s’inscrit dans la logique des Lumières en s’interrogeant sur la légitimité des différents types de pouvoir. Il me semble évident qu’un enfant a besoin du pouvoir de ses parents pour grandir et simplement survivre, il semble évident qu’une police est nécessaire pour traquer et trouver les psychopathes et autres égoïstes, il semble évident que l’armée est nécessaire pour protéger des pouvoirs extérieurs…

Autre question: sans contrainte comment des travailleurs pourraient-ils être productifs? Hé bien en réalité, ils le sont bien plus quand ils ne sont pas contraints parce qu’ils savent pourquoi ils vont bosser: pour eux-même et pour leurs camarades. Dans une anarchie, on travaille parce qu’il faut bien se procurer de quoi vivre et aussi par solidarité.

La seule question qui demeure après avoir lu ce bouquin reste la question de la faisabilité et de la viabilité. Parce qu’effectivement les concepts de liberté, d’égalité et de fraternité propres à l’anarchie (et non pas à la démocratie: vous vous sentez vraiment libres, égaux et solidaires, vous?) ont de nombreux et puissants ennemis. Si jamais un pays devenait anarchiste, il se passerait la même chose qu’à la Révolution française: les Etats voisins auraient peur que l’anarchie ne vienne chez eux et viendraient donc en renfort, manu militari, pour remettre nos élites au pouvoir, les grands patrons, les actionnaires ne pourraient supporter ça non plus parce qu’on s’en prendrait à la fois à leur marché et à leurs privilèges, les religions s’enflammeraient de cette hérésie qui prône l’égalité et le rationalisme… D’un autre côté, la démocratie a fini par gagner, avec énormément de sang répandu sur son drapeau. Est-ce aussi l’avenir de l’anarchie?

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Louise Michel, la critique

Cinéma décembre 29th, 2008

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Dans la vie, il faut savoir prendre des risques. Je suis un aventureux, un ouf, un dingue… alors hier on s’est tapé Louise Michel au ciné, à 8€60!
On aurait pu opter pour un film plus classique, avec plein de pognon, genre Australia, de la bonne grosse star, de l’effet spécial… Mais non! Que nenni! On a choisi du film grolandais en pleine connaissance de cause.
Alors, en gros (landais), l’histoire… C’est une certaine Louise, qu’on appelle aussi parfois Jean Pierre, qui subit un coup foireux de son entreprise qui fait un joli ptit plan social, comme ça, en douce, laissant des indemnités de misère à ses employés. Lesdites employées (parce qu’il n’y a que des femmes) se regroupent donc dans un bistro histoire de savoir ce qu’elles vont faire de leur misère. Les propositions défilent, de la pizzeria en passant par le calendrier à poil façon déesses de l’usine poilues… jusqu’à l’idée de génie de Louise! Après un vote il est donc décidé d’utiliser leurs indemnités pour payer un tueur professionnel qui devra donc se charger de leur indélicat patron.
C’est là que Michel (qu’on appelle aussi parfois Katie) entre en scène. Evidemment c’est un tueur professionnel pitoyable. Même pas foutu d’abattre un clébard. C’est ainsi qu’une improbable, délirante, pathétique odyssée va démarrer.


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Je peux pas dire que ce film est mauvais. Déjà parce qu’il m’a quand même bien fait marrer, avec une courte mais mémorable apparition de Poelvorde en génial paranoïaque; mais aussi parce que j’ai le sentiment que c’est moi qui suis mauvais. A force de bouffer du burger, des frites, des pates, quand on me fout de la bonne cuisine dans mon assiette, je tire une gueule de 15 mètres; pas initié quoi. Ben là c’est un peu pareil. Y a pas de cul, pratiquement pas d’effets spéciaux, pas de bombe anatomique, que du moche, du pauvre, du terne… et un long délire qui ne laisse jamais le temps de réfléchir et de comprendre qu’il faut se marrer. C’est du grand nin nin du début à la fin (l’entreprise s’appelle Nin nin et à la fin on voit un nain dans un autre nain (en plastique) se faire abattre, histoire de bien enfoncer le clou et assumer totalement le film). Il y a des longueurs aussi. Bref on peut sortir de la salle profondément écoeuré et ruiné de 8€60. Mais il y a aussi une certaine poésie, une tendresse latente qu’il faut être capable de voir. Et puis c’est un pur film de gauche, voire de gauchiste. Limite d’anarchiste (d’où la référence à Louise Michel, anarchiste notoire du XIXème siècle). Ambiance  un peu punk que je ne peux qu’aimer quoi, et puis un film qui ne glorifie pas le pognon, la beauté et tout ça… Un film d’utilité publique, quoi…


louise michel  - photo 4


Donc non je ne peux pas dire que ce film est mauvais, simplement avertir mes lecteurs qu’on n’est pas dans le tout public, le divertissement familial, qu’il faut un cerveau, une conscience, une âme et peut-être même un certain sens artistique pour apprécier ce film. C’est un film élitiste, une curiosité qui vaut le détour, si vous avez la chance d’avoir des places à tarif réduit…

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