Frédéric Mitterrand, Marine Lepen et quelques leçons de com
Politique octobre 14th, 2009

Hé ben ça part dans tous les sens cette histoire dites-donc. Un vrai beau bordel mais surtout d’excellentes leçons de communication. Va falloir délayer un peu tout ça histoire de s’y retrouver alors…
Tout ça a commencé avec les propos de Mitterrand et de Koushner (que je n’oublie pas! Aucun risque!) à propos de l’affaire Polanski. Ulcéré par les déclarations de ces deux représentants du peuple j’ai été dans les premiers à exiger la démission de Mitterrand (mais là pour le coup j’avais injustement oublié Koushner, dans mon emportement. Je corrige aujourd’hui: je veux la démission des deux!) et Marine Lepen a saisi la perche et lancé sa pétition pour la démission de Mitterrand (mais pas de Koushner, pourquoi donc? Emportement aussi?). Faisons un premier arrêt sur image. Le FN, depuis 2007, est comateux, moribond, politiquement et médiatiquement. En plus De Villiers a décidé de se rallier à l’UMP, ce qui n’est pas non plus très bon pour les affaires. Ce parti avait donc un besoin vital de revenir sur le devant de la scène et en s’emparant de l’affaire ils ont réussi un fort joli coup. En effet, ils font parler d’eux tout en se donnant une belle image: ils sont du côté de la justice, des victimes, du peuple oppressé face aux puissants. J’aurais tellement préféré que ce soit le PS, le Front de gauche, le NPA, les Verts, le Modem ou même l’UMP qui lance cette pétition… Mais non. C’est le parti contre lequel je me bats et je milite depuis des années. J’ai failli en chialer.
Et ça pose deux problèmes.
1- Les gens sont, de façon très compréhensible, réticents à signer une pétition estampillée FN. On s’est habitués à penser que le FN ne pouvait dire que des conneries voire des horreurs et par instinct, par réflexe, par dégoût on n’a pas envie de cautionner le moindre de leurs agissements, de leurs paroles, de leurs actes. On n’a pas envie de les soutenir, pas envie de s’associer à eux quelle que soit la cause. C’est, à mon sens, une erreur intellectuelle, aussi compréhensible soit-elle, parce que les gens du FN ne disent pas QUE des conneries. On peut être en désaccord, comme je le suis, sur leurs valeurs, leurs idées, leurs programmes, leurs propos mais si Marine Lepen dit « Aujourd’hui il fait beau » ça ne veut pas dire qu’il fait de l’orage. Mais Mitterrand n’a pas raté l’occasion de sortir cet argument tout pourri, disant que c’est un honneur que de se faire attaquer par le FN. Belle façon d’esquiver et de retourner la situation: en procédant ainsi il ne répond pas à la question et se justifie en disant que le FN ne dit de toute façon que de la merde.
2- Très grave erreur de resortir des passages de La Mauvaise vie, le bouquin polémique de Mitterrand… Très grave erreur. Parce que forcément, pourquoi ne pas l’avoir dénoncé plus tôt? Il est sorti en 2005. Et puis c’est tellement plus facile pour Mitterrand de se défendre là-dessus. C’est trop tard, ce n’est que de la littérature, il ne fait pas l’apologie du tourisme sexuel ou de la pédophilie, au contraire, il ne parle pas explicitement de gamins… A cause de ça le débat a été totalement détourné du vrai sujet, c’est le bordel, ça part dans tous les sens… Et évidemment, une fois de plus, Mitterrand inverse les rôles en se faisant passer pour la pauvre victime d’une effroyable machination. Les médias louent son courage de s’être confessé et de faire face à cette abomination. C’est un art pour lequel cet homme est absolument génial: il nous fait passer Polanski qui a plaidé coupable pour la malheureuse victime et maintenant il nous joue encore exactement le même numéro avec lui-même. Un prestidigitateur ce mec! Respect!
Tout ça pour dire que personnellement je m’en fous de son bouquin, ça n’entre pas en ligne de compte, ça ne doit pas y entrer. Les passages cités sont ambiguës et Mitterrand a raison de dire qu’il est un mauvais écrivain et qu’il ne savait pas que le terme « gosse » ou que le terme « éphèbe » pouvait faire penser à des mineurs. Il ne maitrise pas le français, le malheureux et on l’attaque là-dessus, sur ces malancontreuses petites maladresses stylistiques. Par contre, il faut aussi préciser que ça l’arrange aussi financièrement qu’on parle de son bouquin: rien de tel pour faire exploser les ventes!
Idem, mais je vais passer rapidement là-dessus, pour son soutien à deux violeurs. Bien sûr ça ne plaide pas en sa faveur mais dans le cas présent le juge décidera s’il prend en compte son témoignage de moralité ou pas. Bref ça ne m’intéresse pas.
Ce qui m’intéresse c’est son art de la prestidigitation qui me pousse carrément à l’admiration pour lui. J’ai déjà dit qu’il avait réussi par deux fois le tour de force de faire passer un coupable pour une victime mais ça va encore plus loin que ça!
Ca va plus loin car il a également réussi le prodige de transformer la lâcheté en courage. C’est ça l’argument que sortent ses défenseurs depuis quelques jours: « Mais quel courage il a cet homme… » Le courage de s’être confessé, de faire face à ses détracteurs… Mais quel courage? J’ai beau faire un intense effort de concentration je n’en vois absolument aucun. Il passe son temps à se défiler, à détourner les questions… Pour moi un mec courageux c’est un mec qui assume, or il n’assume pas ses propos. Je lui trouverais du courage s’il démissionnait, s’il reconnaissait ses erreurs mais au lieu de ça il fait exactement l’inverse.
Son passage chez Drucker montre soit qu’il n’a décidément rien compris soit qu’il n’en a vraiment rien à foutre. Il nous fait une magnifique émission, évidemment pour redorer son blason déjà bien entamé, et au lieu de faire un mea culpa… il montre qu’il est un être humain, quelqu’un de très cultivé, d’intéressant, il s’affiche aux côtés de Dujardin, l’acteur le plus populaire du moment, accepte avec « modestie » les compliments de D’Ormesson, rit aux vannes de l’humoriste la plus populaire du moment, Roumanoff, qui n’hésite habituellement pas à flinguer tous les politiques… Et évidemment elle l’a flingué, mais gentiment. J’ai eu le sentiment qu’elle était frustrée et blasée de sa prestation, d’ailleurs elle n’a pas pipé un mot après ça, elle s’est assise et n’avait pas l’air franchement épanouie. Mais peut-être que je me trompe.
Pour résumer, il s’est défendu exactement comme il a défendu Polanski: en montrant à quel point il est formidable, cultivé, plein d’amis, humain. Sauf que c’est exactement ce qu’on lui reproche, cette défense évasive! Ce n’est pas parce qu’on est cultivé, qu’on est reconnu, talentueux et qu’on a été un mignon petit enfant qu’on est innocent!
Le problème c’est que ça a l’air de marcher parce que les gens bouffent tout ça sans mâcher. C’est un prestidigitateur, un communicant extrêmement talentueux qui a réussi à se faire passer pour la courageuse victime d’une odieuse machination… Les gens ont déjà oublié que ce sont ses propos qui sont odieux et qu’il n’est que justice qu’on lui réclame des comptes et sa démission.
Tags: communication, drucker, frederic mitterrand, livre, marine lepen, mauvaise vie, polemique
Fatherland, de Robert Harris
Science fiction juin 13th, 2009

Normal
0
21
false
false
false
FR
X-NONE
X-NONE
J’ai lu ce roman il y a déjà quelques années. C’était ma première uchronie et un très bon souvenir littéraire. Je vais donc en faire une
critique de mémoire.
Pour ceux qui l’ignoreraient, une uchronie est une branche de la science fiction qui consiste à changer un «détail» de l’Histoire réelle et d’imaginer tout ce que ce changement implique.
J’ai mis le mot «détail» entre guillemets parce que dans le cas de Fatherland, ce détail est tout simplement la victoire totale de l’Allemagne nazie…
L’histoire se passe donc les années 60 en Allemagne. On suit l’enquête d’un inspecteur très bien modelé par l’éducation nazie mais un tantinet trop curieux… A travers son regard le lecteur est donc amené à découvrir ce qui aurait pu se passer si les américains ne nous avaient pas filé un petit coup de main, avec notamment une technique de torture que je ne connaissais pas du tout et qui est vraiment… particulièrement sadique.
Le livre est très bien écrit. Les personnages ne sont absolument pas caricaturaux ou vides (façon Dan Brown). On se laisse porter par
l’histoire, hallucinante, édifiante. J’aime beaucoup les uchronies mais je ne me sens pas capable d’en écrire parce que je ne suis pas suffisamment bon en Histoire. Parce que là Robert Harris est visiblement très bon en Histoire. Son récit est truffé de détails historiques, de descriptions intéressantes et son univers est cohérent, très logique.
Bref, un excellent bouquin pour ceux qui aiment la science fiction et l’Histoire, et qui auraient une certaine envie d’en savoir plus sur le nazisme.
Dans le même genre:
La Brèche, de Christophe Lambert
Zoulou Kingdom, de Christophe Lambert
Tags: critique, fatherland, gestapo, nazi, nazisme, polemique, robert harris, torture, verite, verites
Les Particules élémentaires, de Michel Houellebecq, la critique.
Littérature générale avril 29th, 2009

Ça faisait un moment que j’en entendais parler, en bien, en mal, un génie, un facho… J’étais pas franchement pressé de m’y mettre. Pour une obscure raison, ça ne m’intéressait pas. Le battage médiatique, sans aucun doute. Quand on parle trop de quelque chose,souvent ça me rebute. J’attends que ça se calme un peu avant de me faire une idée. Et là, ce bouquin m’est tombé dessus, comme ça, par hasard. Et il tombait bien parce que j’étais un peu à la dèche de bouquin et quand c’est comme ça, je m’enfile tout ce qui se lit : un magazine télé, le catalogue de Sexyavenue, le dictionnaire ou même les bouquins de Dan Brown, c’est dire !
Ma première réaction à la lecture a été un soupir, et puis une succession de soupirs. En général, chez moi, ça veut simplement dire «Qu’est-ce que c’est chiant…», et effectivement le style est pompeux, voire même méprisant. Ça pue le bourgeois désoeuvré. D’un autre côté la littérature reste essentiellement l’apanage de cette bourgeoisie, donc je devrais être habitué. Sauf que je sors de Welsh, là, pour me plonger là-dedans.Il faut un certain temps d’adaptation. Je suis donc resté lucide et je lui ai laissé sa chance, jusqu’au bout.
Le résultat est que je suis très mitigé. Pour résumer, je dirais que ce bouquin est excellent pour les sinus. Jele conseille à tous les malades qui ont le nez bouché : ça peut faire l’effet d’un grog.
Comme je l’ai dit, ce livre commence par faire soupirer, histoire d’échauffer un peu les voies respiratoires, et puis, l’air de rien, on y trouve des petites notes d’humour. C’est insuffisant pour arracher un éclat de rire, c’est trop pour n’arracher qu’un simple sourire, alors c’est entre les deux : on se dégage les sinus de rire.
C’est pour ça que je suis mitigé concernant Les Particules élémentaires : tout est moyen.
On ne peut pas dire que ce soit mal écrit, mais en même temps il n’y a rien de génial, rien qui arrache les cheveux. Au niveau de l’humour, ça ne tombe pas à plat mais ça fout pas franchement de bonne humeur pour la journée. Au niveau de l’histoire, c’est à peine intéressant. Au niveau du message, c’est juste pas con mais nihiliste à en mourir de dépression nerveuse…
L’histoire, c’est celle de deux frères et en même temps celle de l’occident de la fin du XXème siècle, ils illustrent sa décadence, l’auteur va même jusqu’à pronostiquer la disparition de l’humanité pour 2029, au profit d’une nouvelle mouture évoluée que nous allons nous même créer. Le premier frère, c’est Jean-Claude Dusse, des bronzés, le branleur fini qui se cherche sempiternellement des ouvertures, sans jamais en trouver. Celui-là est plus intelligent, plus cultivé, il philosophe, cherche un sens à sa vie et à ses inutiles érections. Il décide de combler le vide de son existence et le non-sens de sa vie par le sexe. Evidemment, c’est un échec.Son demi-frère, c’est tout le contraire. C’est un chercheur, un scientifique, quis e fout de tout, est insensible à l’amour et au plaisir. Il aurait voulu n’être qu’un pur esprit. Pas de bol, il a un corps aussi, et il va changer le monde…
Le second frère, vous l’aurez compris, est chiant à mourir. Aucun intérêt. Seul Bruno donne une certaine substance au bouquin, parce qu’au moins il cherche, lui, il essaie.
Le livre est également tartiné de philosophie, d’Auguste Comte, d’Aldous Huxley, de Kant, de Nietzche… Et on trouve aussi des passages scientifiques. J’étais prévenu : le bouquin s’intitule Les particules élémentaires… Fallait pas s’attendre à un livre de coloriage non plus. Le tout n’est pas inintéressant mais d’ici une semaine j’aurai tout oublié, et je n’aurai pas envie de m’y remettre. Un seul Welbeck (ouais désolé mais il avait qu’à choisir un autre pseudo ! Faut pas oublier que je suis une grosse feignasse, moi !) me suffit largement pour ma culture générale. Quand il aura terminé sa dépression et distillé un shouïa de passion dans ses bouquins, j’espère qu’il me préviendra, que je puisse me faire un deuxième avis.
J’ai quand même du mal à comprendre la polémique qu’il a suscité, ce type et ce bouquin. J’ai rien vu de particulièrement provocateur, choquant, insultant là-dedans… Bien sûr, il a osé dire que l’Islam est une religion de cons (pas dans ce bouquin même si un personnage à un moment dit des choses assez similaires)… mais en même temps il a le droit de le dire et de le penser, même si c’est particulièrement et sans doute volontairement maladroit. Il voulait qu’on parle de lui, ben c’est gagné.Il a eu droit à un beau procès pour lequel il a été acquitté. C’est comme pour«l’affaire Strauss Kahn et Guillon», si Strauss Kahn avait fait comme lesa utres invités qui passent à la casserole de l’humoriste, à savoir fermer sa gueule,ça lui aurait évité de faire un bon coup de pub à Guillon, qui pourra désormais lui rouler une bonne paloche la prochaine fois qu’il le croisera.
En ce qui me concerne, je constate que je ne connais aucun musulman dépressif, ils ont tous un but dans leur vie, sontrelativement épanouis alors que ce pauvre Welbeck… De la jalousie,peut-être ? Oui, je pense qu’il aimerait être aussi «con» que lesmusulmans, du coup ça l’énerve. Enfin ce n’est que de la pure spéculation de mapart.
Pour résumer, mon avis est mitigé. Je conseille ce bouquin aux dépressifs qui cherchent une ultime bonne raison de sefoutre en l’air : Les Particules élémentaires sur fond de Radioheadet c’est la défenestration quasi assurée. Je le conseille aussi aux enrhumésmais avec un petit bémol quand même : n’oubliez pas de vous mettre unbavoir si vous ne voulez pas souiller vos fringues ou votre lit avec votremorve ! Sinon, à défaut de mieux, par curiosité, pour la culture générale…
Tags: bof, critique, houelebeck, houelebecq, houellebeck, michel houellebecq, nihilisme, particules elementaires, polemique
About