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Ca faisait longtemps que je n’avais pas lu de Bukowski. Il faut dire qu’à haute dose, ce n’est pas très conseillé pour la santé mentale. J’étais donc enthousiaste en commençant ce roman, cette autofiction où Bukowski nous raconte sa vie qui se résume à sa consommation d’alcool, de drogues et de femmes…

Ses bouquins sont toujours jouissifs, dotés d’un humour ultra gras franchement irrésistible qui colle bien avec ma propre mentalité. Buk est unique et il a le sens de la citation comme le prouvent ces deux extraits:

« Quand je rencontre un homme qui habite un endroit soigné, je sais qu’il y a quelque chose qui cloche. Et si c’est trop soigné, c’t un pédé. »

« Les écrivains posent un problème. Si ce qu’un écrivain écrit est publié et se vend comme des petits pains, l’écrivain se dit qu’il est génial. Si ce qu’un écrivain écrit est publié et se vend moyennement, l’écrivain se dit qu’il est génial. Si ce qu’un écrivain écrit est publié et se vend très mal, l’écrivain se dit qu’il est génial. Si ce qu’un écrivain écrit n’est jamais publié et qu’il n’a pas assez d’argent pour s’éditer à compte d’auteur, alors il se dit qu’il est vraiment génial. En fait, la vérité est qu’il y a très peu de génie. »

Ce livre renferme donc de nombreux passages franchement jouissifs, drôles, décapants mais en même temps, malgré tout, je dois dire qu’au bout de 250 pages ça commençait à devenir répétitif et lourd. Au début, on a l’effet de surprise, l’enthousiasme et puis au bout d’un moment, Buk commence à vieillir, à s’épuiser. C’est étrange de se dire qu’une vie pareille finit par devenir une routine.

Le défaut majeur, d’après moi, est l’absence d’histoire. C’est totalement linéaire, un enchainement de scènes de vie. Le bouquin finit comme il a commencé.

Quant au style, c’est épuré, sans la moindre emphase, pas un mot plus haut que l’autre. Bien sûr, au début, on l’aime cet écrivain dépressif et alcoolique, mais au bout d’un moment, malgré les éclairs de génie, malgré les passages cultes qui sauvent le bouquin, on finit par se lasser.

Autre défaut: les innombrables coquilles et une traduction qui me semble douteuse, sans avoir lu l’original. Parce que « - Tu as de la merde? – Ouais, je vais en rouler un. » à mon avis, à la place de « merde » il aurait été mieux avisé de laisser « chit ». Pour les coquilles, un nombre incalculable de « l » remplacés par des « t » ou par des « ! ». Au lieu de lire « ma » ou « mon » on lit « ton » ou « ta » et ça casse complètement la lecture, on sort du bouquin; bref extrêmement désagréable!

Heureusement, j’ai appris que le Diable Vauvert allait rééditer les bouquins de Buk. Ouf! Enfin des pros amateurs du travail bien fait pour nous sauver notre poète!

Au final, Women est un livre à lire, pas un chef d’oeuvre, juste de quoi avoir le sourire pendant quelques jours, il reste nettement inférieur aux bouquins de Welsh, qui maitrise bien mieux la littérature et le sujet.

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A peine traduit et sorti, déjà acheté et au prix fort. Décidément, j’ai une furieuse envie d’être édité par le Diable Vauvert: non seulement ils éditent Welsh en France mais en plus ils éditent aussi une femme sur laquelle je me suis masturbé toute mon adolescence… Coralie Trin Thi… Je ne sais pas ce qu’elle vaut en tant qu’écrivain mais j’ai comme projet d’étudier ça d’ici peu de temps! En plus, franchement, c’est pas de la belle couverture à chaque fois? Et je peux vous dire que l’intérieur est tout aussi soigné. Le Diable Vauvert est l’éditeur des écorchés vifs, des révoltés, des marginaux et surtout des originaux. Je pense qu’en bossant un peu et en terminant mon roman, je devrais y trouver ma place. En tous cas je l’espère sincèrement!

En attendant, je ne suis qu’un lecteur pour ce diable d’éditeur et c’est déjà un grand plaisir (sans aucun doute financièrement partagé).
Dernier opus de Welsh, donc, passion commune… Par où commencer?
L’histoire peut-être. Hé bien l’histoire c’est celle d’Edimbourg, encore et toujours. Et c’est ça qui est génial, d’une certaine façon. Glu, comme son nom l’indique presque, est le ciment de l’oeuvre de notre auteur écossais. Le ciment parce qu’on y croise la plupart des personnages rencontrés dans les autres bouquins: Renton, Sick boy, Begbie, Spud, Tommy, mais aussi Juice Terry, le commissaire qui sévit dans Une Ordure… et peut-être d’autres encore, car je n’ai pas les innombrables noms de tous les personnages en tête. Cette façon de faire, ce concept, je l’avais déjà eu il y a quelques années. Quoi de mieux pour donner de l’intensité, du réalisme, et du corps à une oeuvre que de faire se croiser tous ses personnages? Ca donne une perspective hallucinante.
Pour revenir à l’histoire, cette fois on ne suit plus la même bande de losers, mais une autre, menée cette fois par Juice Terry, personnage secondaire de Porno. On les suit depuis… avant leur naissance, l’arrivée de leurs parents dans leur quartier alors relativement classe (qui n’est pas Leith, pour une fois) et qui s’est très rapidement dégradé pour devenir une véritable zone, une cité comme nos douces banlieues françaises. On les suit jusqu’à la trentaine consommée, à travers leurs déboires, leurs gloires, leurs galères, leurs échecs, leurs déprimes. On assiste avec eux à des matchs de foot et des séances de baise torride, suivis de remises en questions existentielles. Du réalisme, de l’ultra réalisme mais c’est la réalité crue, dure, violente dont il nous parle, pas la fausse réalité qu’on veut nous faire bouffer. Quand on lit Welsh, on se dit que Zola était vraiment à côté de la plaque. Certes il maîtrise la langue à la perfection mais quelle platitude en comparaison du langage fleuri issu de ces cités et quel conformisme, aussi. On ne peut pas lui en vouloir. C’était l’époque. Mais ****** que c’est bon de lire du Welsh, pur produit de notre époque à nous.

Ses personnages sont généralement des dépravés pourris jusqu’à l’os, mais qu’ils sont attachants! On sent qu’il les aime, qu’il en a fait partie, qu’il les comprend même dans leurs pires conneries, même dans leur trahison. Il a de la tendresse communicative pour eux. Si on les croise dans la rue, on ne peut que les mépriser, voire les haïr, mais quand on passe par le regard de cet atypique auteur, on voit les choses différemment. On voit des êtres humains évoluant dans un milieu hostile, englués à ce milieu, à leur famille, leurs amis, leurs clubs de foot… Et puis on se remet soi-même en question. Est-on si différent, au fond? Quel regard ces gens-là peuvent-ils avoir sur nous? Du social pur et dur qu’il nous livre, ce Welsh. Du social débarrassé de tout parti pris, de tout dogme, de toute politique. Du social épuré. Du bon social en somme. En lisant ses bouquins, on peut se livrer à une véritable analyse de la situation, même si on est pas écossais parce qu’il touche à l’universel, cet enfoiré, tout en ne parlant que d’un petit groupe, d’un quartier, d’une ville, d’un pays. Du local qui devient universel. C’est ce que j’appelle une réussite littéraire.

Mais trêve de flatterie! Que vaut-il ce bouquin?
Bien sûr, il est très bon. Comme d’habitude. On sent la maturité littéraire. Welsh a ses repères, son style, ses sujets… Il joue à domicile et maîtrise à la fois le sujet et la forme.
Ca ne m’a pas empêché d’être surpris par les focalisations externes. D’habitude, dans tous ses bouquins (sauf erreur de ma part), ce sont ses personnages qui parlent, en se relayant. Là aussi mais par moment il quitte sa chère focalisation interne (que j’apprécie énormément) pour passer à de la focalisation externe. Pourquoi pas? Si ça lui rajoute une nouvelle corde à son arc, je suis pour. D’autant que j’ai trouvé ça vachement bien employé pour un mec qui doit pas trop en avoir l’habitude, même si ce ne sont pas mes passages préférés. Soit! Un détail.
Pour le reste, je dois dire que je suis un peu déçu. Maîtrise, d’accord mais pointe de nostalgie dans ce bouquin. Là aussi c’est pas comme d’habitude. Moins méchant. Moins hargneux. Moins trash. Là c’est un jugement purement subjectif qui doit donc être pris comme tel.
Si je devais faire un classement de ses bouquins, je mettrai Porno en premier, suivi de Recettes intimes de grands chefs, puis de Trainspotting, Extasy et seulement derrière Glu, avec Une ordure pour fermer le classement. Pas terrible, donc, hein? Ouais mais en même temps, quand on n’est pas habitué à cet univers, commencer par Glu, je pense que c’est plus sage. Trainspotting c’est assez violent à lire, aussi bien pour le contenu que pour le contenant; une véritable cacophonie où on a du mal à savoir qui parle à qui et de quoi, ******! Pour lire Porno, vaut mieux avoir lu Trainspotting avant, logique puisque c’est la suite. Extasy et Recettes intimes de grands chefs… c’est plus clairement écrit mais très très trash… Ca peut choquer! Donc ouais, Glu pour un dépucelage en douceur, une immersion progressive dans l’univers de Welsh, ça me semble tout à fait correct. Malheureusement pour moi, je suis déjà dépucelé depuis un petit moment… alors les papouilles, et tout ça moi… on va dire que je suis passé à autre chose, quoi, hein? Il me semble que c’est Coralie qui disait qu’une baise sans sodomie c’était comme… euh… je sais plus exactement mais bon pas terrible quoi! Ben à peu près pareil pour moi, avec Welsh.

En résumé, je suis sévère mais Glu reste un excellent bouquin que je conseille à tous les amateurs de Welsh et plus encore à ceux qui seraient suffisamment incultes pour n’en avoir pas encore lu une ligne. Je le conseille aussi à ceux qui en auraient lu quelques lignes et qui en auraient été rebutés. C’est l’occasion où jamais de lui donner une première ou une deuxième chance.
Quant à moi, j’attends le prochain avec impatience!

A suivre: la critique des Particules élémentaires du célèbre Michel Houellebecq. Pour l’instant ça a l’air intéressant dans la thématique et dans le style. Je sais qu’il est autant adulé qu’abhorré, alors ne serait-ce que par curiosité… Je lui souhaite en tous cas de connaître un meilleur sort que Dan Brown au sein de ce blog.

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Trainspotting

Cinéma juillet 1st, 2008

« Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une ****** de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvre-boîtes électroniques, choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle, choisir les prêts à taux fixe, choisir son petit pavillon, choisir ses amis, choisir son survet’ et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissu de *****, choisir de bricoler le dimanche matin en s’interrogeant sur le sens de sa vie, choisir de s’affaler sur ce ****** de canapé, et se lobotomiser aux jeux télé en se bourrant de MacDo, choisir de pourrir à l’hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu’on fait honte aux enfants niqués de la tête qu’on a pondu pour qu’ils prennent le relais, choisir son avenir, choisir la vie. Pourquoi je ferais une chose pareille ? J’ai choisi de ne pas choisir la vie. J’ai choisi autre chose. Les raisons ? Y’a pas de raison. On n’a pas besoin de raisons quand on a l’héroïne. »

Tout est résumé dans la première réplique du film, adaptation du roman éponyme d’Irvine Welsh (qui joue le rôle de Mickey Forester dans le film).

On suit donc les mésaventures de 5 jeunes écossais désoeuvrés dans les années 80 où la crise frappe durement le pays.
Trainspotting c’est un cri du coeur, une rébellion et un constat d’impuissance d’une jeunesse qui gerbe la vie de ses parents, morne, inutile, inintéressante. C’est le cri d’une jeunesse qui veut se battre, exister, trouver un sens à sa vie, devenir quelqu’un. Non Renton n’a pas choisi la vie, il a choisi autre chose, une autre vie, autre chose. Il a choisi de crever jeune mais après avoir pris un pied d’enfer plutôt que de crever vieux après une vie de dépression.
Trainspotting c’est un hymne pour toute la génération X, la génération perdue à laquelle j’appartiens. C’est notre « Allons enfant de la patrie » à nous. Je pourrais disserter dessus pendant des heures sans jamais me répéter, évoquer la dimension politique avec le parallèle entre les personnages et la situation de l’Ecosse…

Mais le mieux est sans doute de faire abstraction de tout ça. Trainspotting est un film extrêmement drôle et hallucinant qu’il faut absolument voir pour ne pas mourir idiot. Impossible qu’il laisse indifférent. C’est un Requiem for a dream en beaucoup plus intelligent (et comme j’adore déjà Requiem for a dream, imaginez ce que ça peut donner…). Bref un incontournable.
Je conseille également de lire le livre, qui n’est pas simple à lire mais qui se révèle beaucoup plus trash, immoral et… lucide.

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